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Bird People de Pascale Ferran La voix des petits oiseaux

À force de se plaindre de ne plus jamais trouver ce qu’on cherche au cinéma, on peut finir par se demander ce qu’on attend des films. Et puis parfois on en voit un -ça peut s’appeler De la guerre si on est en 2008, Holy Motors si on est en 2012, Bird People si on est aujourd’hui- et on se dit voilà : par exemple ça. Pas “seulement” ça. Pas “idéalement” ça. Mais quelque chose comme ça. Tout d’un coup on se rappelle. Le cinéma c’était vraiment bien quand un film c’était un peu comme ça : quelque chose d’authentique et perfectible, avec des yeux qui regardent et une bouche qui parle ; et puis avec une manière de marcher particulière, un drôle d’accent, des empreintes digitales dans chaque photogramme. C’était bien quand on recevait les films comme des messages, dont on sentait qu’ils ne flottaient pas dans l’air, mais qu’ils étaient émis depuis quelque part, et plus précisément depuis quelqu’un. Je ne sais pas si Bird People est un grand, ou même juste un bon, film. Et je ne sais pas non plus si c’est très important. On en voit presque toutes les semaines des longs métrages qui sont des bons films, comme il y a des bons élèves, des bons Français, des bons amis, des bons chiens. On les regarde passer, on leur donne une bonne note, et puis on les oublie. Ici il y a des erreurs, des longueurs, des coups de poker pas toujours réussis, mais ce qui compte bien davantage que tout le reste, c’est qu’il y a “ça” : un petit filet de voix intime, qui tout d’un coup se retrouve branché sur des haut-parleurs. Ce qui est précieux, c’est qu’en voyant Bird People, on sait un peu à quoi pense Pascale Ferran quand elle fume une cigarette sur le trottoir, devant un restaurant. Comment elle regarde la rue, les gens qui passent, les moineaux. Quel genre de rêves elle broie la nuit, quand elle ne dort pas. Le type d’images qui lui passent en tête quand elle ferme les yeux, le front contre la vitre dans un autobus… Aujourd’hui, quand on voit un film, le plus souvent, tout ce que l’on sait de son réalisateur, c’est quel genre de films il aime bien et dans quelle peau de cinéaste il se rêve en se rasant. C’est pour ça que le petit filet de voix, quand il se fait entendre, c’est comme un filet d’eau fraîche. Et alors après, toutes les questions semblent un peu subsidiaires… Dans quel genre s’inscrit ce film exactement ? Chronique ? Fantaisie ? Fantastique ? Conte ? Cinéma social ou même politique ? Film intello-chiant ou bien film de genre ? Allez savoir… Au fond, vous, dans quel genre pensez-vous vous inscrire exactement ? Rigolo ? Intellectuel ? Mélancolique ? Rêveur ? Cartésien ? Plus probablement, ça dépend des jours, des heures, des moments. Et si les films sont comme ça aussi, avec leurs humeurs et leurs variations climatiques, c’est très bien. C’est sans doute que c’est le signe distinctif des entités vivantes… Étant un film à part, Bird People n’a trouvé sa place au festival de Cannes que dans une sélection dite parallèle. C’est sans doute dommage. Et c’est peut-être tant mieux. Car on peut parier que ce sera gai d’entendre, quelque part au milieu du tohu-bohu, voletant au-dessus de l’éternelle parade des animaux du grand cirque cannois – vieux éléphants placides, jeunes fauves aux dents longues… -, le pépiement libre et joyeux de ce singulier petit oiseau.