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Réponse de Fabrice Leclerc à Alex Masson Sur la crise de la critique de cinéma

Suite à l’entretien publié ici sur la crise de la critique de cinéma, Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de Studio Ciné Live, nous a fait parvenir sa réponse à Alex Masson.

Cher Alex,
 
Soyons clair dès le début : Soulever le problème de l’évolution du journalisme de cinéma, de la fameuse « critique » face aux enjeux marketing et financiers du 7e art, voilà une question essentielle qui se doit d’être expliquée et débattue. Ce n’est pas d’ailleurs, loin s’en faut, la première fois que cela arrive et ce n’est pas loin s’en faut la première fois qu’on en parle dans nos colonnes, que ce soit via mes éditos ou même des enquêtes. Il y a deux ans encore, la moitié de la presse (j’étais dans la mauvaise, je ne me souviens pas t’avoir vu) se voyait interdire la projection d’un grand film commercial français sur simple délit de faciès. Passons.
 
Oui, le cinéma a de plus en tendance à confondre marketing, communication et indépendance de la presse. Voir certains films sortis comme le serait une marque de yaourt bifidus m’agace au plus haut point. Car, nous avons tous en commun d’avoir le cinéma chevillé au corps, d’en être passionné depuis notre enfance, d’avoir chacun dans son coin construit sa passerelle pour, finalement, faire un métier (journaliste) que l’on adore dans un secteur (« le cinéma ») qui nous passionne. C’est pourquoi TOUS les journalistes qui traitent du cinéma devront prendre part à la réflexion et au livre blanc que projette le Syndicat Français de la Critique de Cinéma. Évidemment que l’ensemble des journalistes de Studio Ciné Live, statutaires et pigistes, y prendra part avec intérêt. Contrairement à ce que tu laisses entendre parfois, nous sommes TOUS du même côté de la barrière. Et la réflexion, avec l’ensemble de la profession, promet d’être riche. Dans tous les sens du terme.
 
En revanche, il y a des moments dans ton interview où tu commences à tout mélanger. Et à accuser sans preuves, ce qui est quand même un comble pour un journaliste. Première etStudio Ciné Live seraient donc des vendus aux grands studios américains et leurs dirigeants des technocrates profiteurs ? Je caricature à peine. Pour étayer ton réquisitoire, tu évoques des infos mensongères car, simplement, non vérifiées… Comment peux-tu lancer des affirmations sur Studio Ciné Live où tu n’as jamais mis les pieds de ta vie, pour lequel tu n’as jamais travaillé, dont tu ne connais pas le fonctionnement interne ? Il n’y a rien qui m’énerve plus qu’une personne qui parle sans savoir. Et un journaliste qui balance sans vérifier.
 
Voilà donc quelques infos pour toi…
 Tu parles des films ignorés par la presse ciné grand public : je te rappelle que Studio Ciné Live est le dernier mensuel de cinéma à proposer chaque mois les critiques de TOUS les films qui sortent, du plus petit au plus grand. Et ce dans un contexte où le nombre de sorties de films explose et la pagination des journaux stagne ou baisse.
 Pour ta gouverne, Studio Ciné Live refuse depuis sa création toute interview de moins de 30 minutes et refuse tout junket en table ronde ou conférence de presse, afin de garder le contrôle de notre contenu. Nous ne publions que des interviews en face à face.
 Studio Ciné Live ne s’engage pas sur une couverture sans l’assurance de voir le film fini en temps et en heure. Quand le film n’est pas terminé dans le temps de notre bouclage, nous voyons une bonne partie du film. Ce qui semble manifestement te choquer alors qu’en tant que membre du comité de sélection de la Semaine de la Critique à Cannes, tu te prononces aussi parfois sur des films sans les avoir vus terminés.
 Les contenus appauvris : tu cites par exemple Skyfall. Sache que, sur ce film, nous ne nous sommes pas contentés de passer 5 minutes dans une Aston Martin mais que nous avons été à deux reprises sur le tournage pendant plusieurs jours, que deux journalistes ont stocké une quinzaine d’entretiens sur une période de 3 mois pour deux sujets de couverture (avril et septembre) et un numéro hors série consacré à toute la saga James Bond. Et pour ton info, notre premier sujet sur Skyfall, publié en avril, était une exclu mondiale puisqu’Empire, que tu sembles citer en exemple, n’a publié, lui, son premier papier qu’un mois plus tard. Et avec un nombre de pages équivalent. Sur notre sujet Gatsby le magnifique, en couverture du prochain numéro, nous travaillons depuis décembre 2011 sur le sujet : visite sur le tournage en Australie, rencontres à plusieurs reprises avec le réalisateur et les acteurs, visionnage du film terminé et nouveau round d’interviews. Toutes en tête à tête, remember ?
 Tu sembles savoir dans les moindres détails ce qui s’est passé chez nous sur Django Unchained : « 10 minutes d’interview et deux pages et demi dans le journal ». Pour ta gouverne, j’ai travaillé plus de trois mois avec Quentin Tarantino sur notre sujet de couv (qui compte entre douze et quatorze pages) puisqu’il nous a accordé un long entretien doublé de son Top personnel des meilleurs sequels qu’il a construit avec nous entre septembre et fin novembre 2012. Je te ferai lire d’ailleurs, si tu veux, notre échange épistolaire par mail, illustrant au quotidien la passion et la minutie extrême de ce dingo de cinéma. Et les phrases parfois terrifiées de son assistante !
 Tu évoques les distributeurs qui achètent les partenariats. Sache qu’à Studio Ciné Live, le choix d’un partenariat se fait uniquement à la rédaction (qui met son veto sur plusieurs demandes extérieures chaque mois). Ce sont les journalistes qui choisissent de soutenir un film qu’ils aiment et auquel ils croient puisque tout partenariat passe chez nous par un papier sur le film. Je publie d’ailleurs ci-dessous la liste des films dont Studio Ciné Live a été le partenaire depuis 2011. Il n’y a que deux films de studios américains (dont une reprise), 70% de cinéma d’auteur français et 80% de films indépendants. Je pense que la simple lecture de cette liste met à plat ta diatribe. À partir de là, si selon toi, soutenir Une séparation trois mois avant sa sortie en France, soutenir Syngue Sabour, Sugar Man ou Drive fait de nous des vendus aux studios hollywoodiens, alors oui, j’assume et avec plaisir !!!
 Enfin, quand tu cites comme exemple de films oubliés par la presse cinéma des films comme Tomboy ou La Guerre est déclarée, tu pourras te réjouir : Studio Ciné Live a justement été partenaire de ces deux films en leur consacrant chacun plusieurs pages dans le mensuel.
 
Bref, je pourrai décortiquer entièrement tes affirmations, moi aussi, faire la gloire de mon passé révolu de fanzinard (dans les années 80) ou même évoquer les autres raisons à cette charge, moins glorieuses. Je souhaite juste que toute la presse de cinéma puisse préserver sa liberté et continuer à bien faire son boulot. En tout cas du mieux qu’elle peut.
 
Confraternellement
(ça se fait entre journalistes).
 
Fabrice Leclerc
Rédacteur en chef
Studio Ciné Live
 
PS : Juste pour ton info, le journal ne s’appelle plus Studio mais Studio Ciné Live depuis maintenant 5 ans…