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Episode pilote : « j’y connais rien, moi, aux séries… » Les séries expliquées à mon meilleur ami

La scène se passe dans une salle de cinéma. Il est de plus en plus rare de m’y trouver, il est en revanche assez vraisemblable que j’y sois accompagnée de mon « Meilleur ami », celui inventé par les Rom’ com’ à l’anglaise (sauf que le mien existe en vrai).

Donc, Meilleur ami et moi, on s’installe, on échange cachous contre pastilles menthe et deux ou trois propos de circonstance. Une page de publicité plus loin, je repère une fille aux longs cheveux blonds qui agite en riant un fumant petit dragon ; d’autres girls traînent un air désabusé au bord d’une piscine, l’une d’elles repousse les avances d’un pseudo vampire pourtant déjà bien entamé au bloody mary. Désemparé, un chien blanc trône sur l’eau, dans un curieux fauteuil gonflable qui me rappelle brusquement quelque chose ! Pour un peu, je hurlerais Game of Thrones en frappant mon accoudoir, comme si Julien Lepers attendait ma (bonne) réponse.

 

Je me retiens, évitant ainsi de coller la honte à Meilleur ami, qui soupire : « j’y connais rien, moi, aux séries… »

Je garde un silence vaguement condescendant, que je fais durer le temps de la pub suivante : elle ressemble à s’y méprendre à une bande annonce de film. Sauf qu’il s’agit d’Under the dome, la série adaptée du roman de Stephen King, fraîchement débarquée sur les (petits) écrans français. Je fais donc mon (petit) effet sur Meilleur ami, en déclarant brusquement : « ah tiens, ils font des pubs pour les séries au cinéma, maintenant ? ».
Comme tous les fans de séries, je pouvais ainsi continuer à me la raconter. À enchaîner airs blasés, clins d’œil entendus et vrais-faux « spoilers » – en jargonnant à mort, c’est mieux ! Mais, parce que c’est Meilleur ami, parce que c’est moi, je n’ai pas vraiment envie de garder la posture.

 

Je n’ai pas oublié qu’il n’y a pas si longtemps, regarder des séries télé relevait d’un plaisir parfaitement inavouable.

Se demander tout un été « qui a tiré sur J.R ? » était d’une absolue vulgarité, sauf à tourner la question en étude sociologique ou en running gag, pour les plus fins d’entre nous. Certes pouvait-on souligner l’esthétisme des premiers Chapeau melon et bottes de cuir, en noir et blanc, disserter de l’énigmatique Prisonnier, éventuellement évoquer l’épisode de Columbo dans lequel joue John Cassavetes, mais certainement pas en revendiquant d’y passer ses nuits : mieux valait étouffer dans sa chambre ce passe-temps coupable !

 

Or, depuis vingt ans, la série en tant que genre a fait des progrès, « s’est donné les moyens », comme on dit d’un mauvais élève qui aurait enfin atteint la moyenne.

Pourtant, elle reste souvent méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Elle est aussi, parfois, un peu trop surestimée par ceux qui ne connaissent que ça. Entre les deux, mon cœur balance, mais pour Meilleur ami et pour faire simple, cette chronique tâchera de trouver un juste milieu.
Parler séries sans renier leur filiation au cinéma, sans les poser en rivales non plus. Surtout, ne pas s’adresser aux seuls membres du club. Au contraire, dans la juste lignée des Fiches du Cinéma, donner à partager et à découvrir…
A suivre, donc.