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Épisode pilote À LA REVOYURE

2004, version 2014

La cinéphilie entretient un rapport étrange au temps qui passe. Notre consommation de films varie au fil des semaines, passant par autant de pics de boulimie que de périodes de diete. Il est possible d’adorer un film pour la seule raison qu’au moment précis de son visionnage, notre envie de cinéma est tellement forte que le simple pouvoir des images, et des mille façons dont la grammaire cinématographique les conjugue, suffit à nous combler. À d’autres moments, notre disponibilité se réduit comme une peau de chagrin, et l’on s’énerve à la première maladresse, ou à la moindre sensation de déjà-vu – sensation qui va, forcément, s’accentuer au fil de nos découvertes.

Par ailleurs, l’époque semble loin où il fallait parfois attendre plusieurs années avant que la Cinémathèque ne programme la retrospective d’un cinéaste ! Aujourd’hui, notre exploration du cinéma se fait par à-coups. On peut consulter les films par fragments, à toute heure, et autant de fois qu’on le désire, avec une facilité aussi effarante que réjouissante. Ce phénomène, couplé à un nombre de sorties en salles toujours croissant, rend la notion de « présent cinématographique » de plus en plus floue… Et ce n’est que lorsqu’on se retourne en arrière que l’on est pris de vertige.

Récemment, nous avons, par curiosité, été regarder quels films étaient sortis il y a dix ans, en 2004. Et nous avons alors découvert une liste assez impressionnante : À l’ouest des rails, The Brown Bunny, Clean, Collateral, L’Esquive, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Lost in Translation, Rois et Reines, Old Boy, Tropical Malady, S21… Autant de films qui nous apparaissent, à travers le prisme de cette décennie passée, captivants, excitants, voire exceptionnels. Déformation des souvenirs ou décalage avéré avec la prodution actuelle ?

Nous nous sommes alors fixé une règle : revoir certains de ces films, que nous avions aimés en 2004 et que nous n’avons pas revus depuis leur sortie en salle, afin de pouvoir confronter les vraies images avec celles, déformées, qui nous restent aujourd’hui en mémoire. Manière de tester la solidité des films et de voir comment ils resistent à la disparition de leur contexte ou de l’effet de surprise qu’ils avaient pu produire. Manière aussi de rappeler que la critique d’un film est toujours à faire, à reprendre, à remettre à jour.

Pourquoi cette contrainte de ne parler que de films que nous n’avions pas revus ? Parce qu’au-delà de deux visionnages, si notre amour du film est confirmé, c’est qu’il nous a définitivement enchanté, et nous sommes donc forcément de parti-pris – car sous le charme. C’est donc dans une volonté d’intégrité et, espérons-le, de clairvoyance, que nous vous proposons ce voyage dans le temps, cette tentative d’actualisation des ressentis passés.