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La vie d’Adèle, Palme d’or 2013 De bruit et de fureur

Voici donc qu’arrive sur les écrans la très attendue Palme d’Or de l’édition 2013 du Festival de Cannes. Très attendu, La Vie d’Adèle l’est sans aucun doute, mais pour quelles raisons ? Loin de s’amarrer tout nu à la rentrée cinématographique de septembre, seulement auréolé de la plus haute des distinctions cinématographiques et de compte-rendus élogieux, le cinquième film d’Abdellatif Kechiche bruit déjà de mille rumeurs, de règlements de comptes, d’âcretés redites en boucle, de noms d’oiseaux. Bref, le sensationnel ici grimace. Côté cour, le cinéaste fait figure, sinon de manipulateur, de pervers. Ou inversement. N’a-t-il pas obligé ses actrices à se pourlécher l’une l’autre de leurs larmes, morve, humeurs et sécrétions pelviennes respectives ? Côté jardin, la star, qui fait partout la une, n’est qu’une enfant gâtée, née une cuillère sertie de diamants dans la bouche, et sa sparring-partner, une godiche, une actrice médiocre à tout le moins. Est-ce là tout ? Ce serait trop simple. Ce bal des faux-semblants, les techniciens du film en avaient dansé la première gigue en répétant combien était imméritée la réputation du cinéaste, qu’il s’était montré impossible, odieux, tyrannique en tout état de cause, que soumis à l’esclavage, ils avaient été plus nombreux à quitter le film qu’il n’y avait de Parisiens apeurés pendant l’exode. Tout cela exprimé au moment le mieux choisi, pendant la renégociation de leur convention collective. Bien sûr, ce n’est pas la première fois que se produisent, tambours battant, les rancœurs qui innervent le cinéma hexagonal et peut-être est-ce une singularité française. Chacun se souvient de la classe de Maurice Pialat, son “Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus !” cingle encore les oreilles de tous. Ne sont-ce pas précisément ces rancœurs qui font dire du cinéma français qu’il compose une famille, grande il va sans dire, la question se pose. D’un autre point de vue, il ne manquera pas d’observateurs affutés pour estimer – on ne la leur fait pas ! – que ces polémiques, ne sont au fond qu’orchestration promotionnelle, ces scandales lilliputiens une technique de “buzz”, à usage local, devenue classique. Ils en prendront pour preuve le front uni qu’affichent les membres de l’équipe du film se tenant main dans la main pour s’embrasser et se congratuler à qui mieux mieux dans les grands festivals internationaux. Autre lieux, autre mœurs, après la grimace, le sourire. Alors ? Guerre fratricide ou technique marketing ? Il appartiendra à chacun de s’en faire une opinion. Et le film dans tout ça ? De quel bois est-il fait ? Il faudrait le talent de Colette Renard, l’inventivité et la fantaisie du champ lexical des Nuits d’une demoiselle pour évoquer l’histoire de ces deux héroïnes davantage occupées à se “picorer le bonbon” et se “ramoner l’abricot” à longueur de scènes qu’à l’analyse des textes de Marivaux, réminiscence et obsession scolaire récurrente de Kechiche, semble-t-il. Mais là encore, cela peut s’avérer sujet à polémiques, une forme de voyeurisme, de concupiscence allez savoir, être reprochées au cinéaste. Ce brouhaha, tout orchestré qu’il puisse être, n’en risque pas moins de faire ombrage au film, d’en perturber la réception, d’en brouiller la compréhension. Ce sont probablement données secondaires, l’essentiel consistant ni plus ni moins qu’à vendre le film. Quoi qu’il en coûte.