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Never complain, Never explain La trilogie de Bill Douglas

Il est toujours excitant de s’attendre à découvrir un trésor caché, mais la déception est souvent à craindre : la plupart du temps le film est plus caché que trésor. Pourtant, il arrive de temps en temps que l’appellation ne soit pas usurpée. Ainsi, début juillet, nous étions au festival de La Rochelle, et entre deux vieux Billy Wilder, nous sommes tombés sur trois films oubliés d’un cinéaste oublié, une trilogie autobiographique miraculeusement remontée du fond des années 1970 : un trésor caché, un vrai. C’est la plus grosse perle, la plus précieuse, que nous avons rapportée de La Rochelle. Et, coup de chance pour vous, elle sera sur les écrans le 31 juillet.

L’auteur de ces trois films – deux moyens métrages et un long – s’appelle Bill Douglas. Un cinéaste qui revenait de loin. En effet, son enfance fut visiblement à peu près la pire qui soit. Décor : une cité minière d’Écosse. Contexte : la misère absolue. Protagonistes : une mère morte, des grands-mères mourantes ou folles, des pères absents et/ou nuls. Et pourtant, les films de la trilogie ne constituent jamais, ni une saga misérabiliste, ni une démonstration édifiante sur le miracle de la résilience. Douglas regarde ce passé traumatique bien en face, mais sans larmes, sans colère et surtout sans discours. “Never complain, never explain” : ce mot d’ordre typiquement britannique pourrait parfaitement définir son approche. Ici, dialogues et narration sont réduits au minimum. Le film avance par succession de plans, le plus souvent fixes et incroyablement cadrés. Chacun semble être une épiphanie directement remontée de l’enfance. Bientôt, sous l’austérité extrême de la forme, on commence à percevoir la déflagration souterraine des émotions contenues. Le minimalisme – si souvent devenu, aujourd’hui, un dogme esthétique absurde – est ici une question de survie, une magnifique manière de tout transmettre sans trop en dire.

Bill Douglas est mort en 1991, à seulement 57 ans. Les deux acteurs principaux de la trilogie sont également morts très jeunes. Les films, eux aussi, auraient bien pu disparaître. Ne laissez pas passer cette chance de les voir.

Nicolas Marcadé