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Bilan cannes 2013 Année zéro

D’ordinaire ce numéro est en partie structuré autour de thématiques et d’impressions générales. Si ce n’est pas le cas cette année, c’est que finalement rien ne s’est véritablement imposé.

Les films sont passés, globalement plutôt bons, mais sans vraiment dialoguer entre eux et sans laisser de marques profondes. Si on notait ces films sur 20, la moyenne de la promo 2013 serait assurément très honorable. En revanche si on évaluait les performances à l’applaudimètre, le bilan serait sûrement moins positif. 2012, malgré Holy Motors, avait pu être clairement considéré comme une mauvaise année. 2013, elle, s’apparente plutôt à une année blanche. Ce qui est, dans une certaine mesure, encore plus inquiétant (un électrocardiogramme plat n’est jamais très bon signe), et, dans un premier temps, encore plus frustrant. Car nous étions venus à Cannes en désirant exactement le contraire : de la vibration, des couleurs qui claquent, du mouvement, des contrastes forts et des émotions franches.

Mais au-delà de nos petites envies et déceptions, ce qui pose question, c’est le contraste qui existe entre la violence de l’époque actuelle et la mollesse des réponses que le cinéma lui oppose. Historiquement, il s’est à peu près toujours vérifié que les époques de crise et de tension sont, artistiquement, des périodes fécondes et excitantes. Quand le monde a mal quelque part, l’art lui invente un langage pour lui permettre de crier. Et cela soulage tout le monde. Or, l’époque que nous vivons aujourd’hui est pour le moins une période de crise, de trouble et de malaise, et pourtant il semble ne s’inventer aucune nouvelle manière de crier. Les films travaillent des figures connues, en se repliant sur l’intime, ou le constat pur, ou en flirtant avec l’exercice de style. Malgré quelques percutants tireurs isolés, aucune véritable dynamique ne semble se créer pour jeter des pavés d’enthousiasme ou de pensée dans la mare stagnante où nous barbotons.

Voilà pour l’impression générale. Ensuite, si l’on essaie tout de même d’entendre ce que les films disaient sans crier, on en viendra peut-être à discerner finalement une petite ligne mélodique. Car on verra se répéter étrangement une façon d’opposer le pouvoir des mots (la parole psychanalytique dans Jimmy P., le langage juridique dans Michael Kohlhaas, le discours amoureux dans La Vie d’Adèle) et la violence des corps (manifestations somatiques dans le Desplechin, affrontements physiques dans le Des Pallières, orgasmes dans le Kechiche). Ailleurs, on relèvera une curieuse volonté de combiner les mots et “la chose” (L’Inconnu du lac, Les Rencontres d’après minuit). Et on se dira que là, dans cette façon de mettre en balance deux exutoires (le flot de paroles et la décharge physique) et deux types de cinéma (le littéraire et le pulsionnel), il est peut-être en train de se bricoler quelque chose. Attendons donc la suite.