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Atelier cinéma #23 : L’Homme de Rio (Philippe de Broca, 1963) Saison 2

Tous les cinq, six ans, je tente ma chance en proposant ce film d’aventures aux enfants. À chaque fois, je suis déçu par leur relative indifférence à l’égard d’une œuvre qui m’a appris qu’on pouvait s’évader au cinéma. Cette déception est mêlée à une certaine frustration de voir ce film peiner à séduire aujourd’hui.

Ce qui me paraissait magique dans L’Homme de Rio, c’était l’immédiateté de l’action. Belmondo passe par la fenêtre d’un appartement parisien, vole une moto, prend l’avion et se retrouve quelques heures plus tard sur une plage à Rio. En plus, il y avait une chasse au trésor, des statuettes à dénicher, des bagarres et Bebel. En revoyant le film adulte, j’avais déjà constaté que cette magie avait disparu. Mon erreur, c’est d’avoir pensé que, malgré cela, le film pourrait quand même plaire à des enfants pour les raisons évoquées ci-dessus. C’est une erreur parce que ça signifie : même si ça ne me plaît plus, ça va leur plaire.

Ce vieillissement du film est dû à l’apparition d’éléments qui ne m’avaient pas frappé plus jeune, et que j’ai trouvé profondément agaçants en les revoyant avec les enfants. La liste est longue : l’aspect très franchouillard du film, un peu inévitable lorsqu’il y a Belmondo, accent parigot, les p’tits gars de Paname, tout ce folklore qui passe au-dessus de la tête des fans de Sexion d’Assaut. Les séquences d’actions sont pour la plupart filmées en accéléré, ce qui leur fait perdre toute leur efficacité. Enfin, pour clore arbitrairement la liste, en dehors de Dorléac et Belmondo, tous les personnages sont pittoresques, mais manquent franchement d’épaisseur.

Les enfants ont donc regardé le film pour me faire plaisir. Ils ont relevé les gimmicks musicaux rythmant les poursuites et ont trouvé le procédé assez lourd. Ils ont pointé des incohérences, notamment lorsqu’Adrien (Belmondo) doit escalader des échafaudages pendant de longues minutes, poursuivi par deux malfrats. Une fois qu’il leur a échappé, il se retrouve immédiatement en bas. Un enfant est présent dans le film. Ce petit Brésilien décrit comme un garçon débrouillard vivant au bord de la plage, n’a pas non plus beaucoup de personnalité. Il semble surtout là pour servir la soupe aux deux vedettes. Les enfants ont quand même été très impressionnés par son habitation, entièrement amovible, avec lit qui bascule, table qui s’élève grâce à un jeu de cordes et poulies. Mon public ne semble pas avoir très bien saisi la fin, lorsque les bulldozers saccagent la forêt et ensevelissent le trésor entr’aperçu.

Finalement, ce fut une séance pleine d’enseignement pour moi. À quoi bon proposer un film auquel on ne croit plus ? Je manquais de conviction, d’arguments à faire valoir, et ça, les enfants l’ont senti.

Quelques jours plus tard, un enfant de l’institution, ayant appris par les participants que L’Homme de Rio avait été diffusé en atelier, est venu me parler de ce film. Ce jeune garçon de 9 ans vit avec son père âgé de 74 ans, grand fan de Belmondo dont il semble posséder pas mal de films en VHS. Il m’a demandé de lui prêter cette œuvre qu’il adore (à égalité avec Flic ou Voyou) pour qu’il puisse la faire découvrir à ses éducateurs.