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Atelier cinéma #21 : Les Parapluies de Cherbourg (J. Demy, 1964) Saison 2

Fort du succès des Demoiselles de Rochefort lors d’une séance précédente, j’ai tenté Les Parapluies de Cherbourg. C’était une tentative, parce que, d’autres fois, ce dernier a fonctionné de manière moins immédiate avec les enfants. Peut-être à cause d’une partition musicale moins « accrocheuse », la dimension opératique du film qui, même si ce n’est pas tout à fait le cas, a tendance à ralentir l’action. En revanche, j’ai pu constater que ce film pouvait marquer profondément certains enfants, qui nouent alors avec lui une relation s’approfondissant dans la durée. En fait, j’ai l’impression que Les Demoiselles est un film choral qui gagne à être vu en groupe alors que Les Parapluies, drame plus intimiste et surtout plus sombre, touche, de façon plus ciblée mais durablement, une ou deux personnes dans le public.

Mon introduction a été plutôt descriptive, les appâtant avec l’originalité formelle, unique au monde du film, et jouant sur l’effet de reconnaissance en précisant qu’il avait été réalisé par l’auteur des Demoiselles. Bien sûr, je ne peux m’empêcher de leur donner un ou deux exemples de ce qu’ils vont voir à l’écran en leur chantonnant « passe moi le sel » ou « bonjour, comment vas-tu ? » Enfin, je leur résume l’intrigue, et réponds à la question attendue « est-ce que ça finit bien ? » par « j’ai bien peur que non, mais vous verrez bien ».

Comme je l’avais déjà constaté, les premières minutes du film, dans le garage, puis les déambulations dans la rue avec Guy et Geneviève, annoncent tout de suite la couleur aux enfants. Cette atmosphère entraînante les prend par la main pour les faire entrer franchement dans l’esthétique particulière du film.

C’est après que les choses se compliquent. Il y a d’abord le contexte : la guerre d’Algérie, les filles mères, la nécessité du mariage pour la respectabilité. Autant de notions un peu passées qui rendent pourtant l’histoire poignante, mais échappent aux enfants. Ce qui fait que le personnage de Geneviève donne l’impression d’être très passif, freinant l’identification. La mère de Geneviève, emblème des préjugés de l’époque, s’exprimant avec beaucoup de circonvolutions, me demande un important travail de traduction.

C’est avec Guy que les enfants se sentent le plus à l’aise. Il y a sa vieille tante Elise, malade, Madeleine, la fidèle aide-soignante, que les enfants ont trouvée beaucoup plus jolie que Catherine Deneuve. La déchéance du jeune homme, sa solitude et les malheurs qu’il endure provoquent leur sympathie. Le film étant découpé en plusieurs parties par des cartons, indiquant le passage du temps, ils s’appliquaient à calculer depuis combien de mois ou d’années Guy s’était absenté. C’est d’ailleurs dans cette partie-là, centrale, « L’absence », que les enfants ont marqué des signes d’impatience ou d’indifférence.

J’ai fait mon travail de guide dans le film en insistant, comme pour Les Demoiselles, sur l’importance de la couleur des décors et des costumes, la répétition des scènes, au garage, sur le port, et leurs tonalités respectives, tristes ou gaies. Malgré ça, ils ne furent accrochés par le film que ponctuellement, par moments. Il était évident pour eux que le film se terminait et trouvait sa cohérence lorsque Guy et Madeleine s’avouent leur amour. La conclusion pathétique, racontant les retrouvailles des anciens amants dans le nouveau garage, leur a échappé. Sans doute parce qu’ils sont heureux de la situation de Guy et Madeleine. Et que le passage de Geneviève risque de tout gâcher.