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Nouvelles propositions critiques (2/2) Questions 5 à 8

Questions 5 à 8 :

5. Vous sentez-vous en opposition ou en complémentarité avec la presse papier et audiovisuelle ? Selon vous, cette presse-là a-t-elle commis des erreurs qui peuvent expliquer sa crise actuelle ? Pensez-vous que la critique en ligne ait aujourd’hui pleinement conquis sa légitimité ?
6. Existe-t-il – comme pouvait le suggérer la série d’entretiens “Paroles d’alliés” réalisée en 2012 par Sidy Sakho sur son blog – une forme de communauté de la critique en ligne, une volonté de faire front ?
7. Craignez-vous que la question économique vienne, tôt ou tard, faire le tri dans le paysage, aujourd’hui foisonnant, de la critique sur Internet ?
8. En 2012, quels films avez-vous été heureux de pouvoir défendre ou contester au sein de votre site ?

5. Vous sentez-vous en opposition ou en complémentarité avec la presse papier et audiovisuelle ? Selon vous, cette presse-là a-t-elle commis des erreurs qui peuvent expliquer sa crise actuelle ? Pensez-vous que la critique en ligne ait aujourd’hui pleinement conquis sa légitimité ?

  Clément Graminiès (Critikat) : Pour moi, la presse papier a surtout commis l’erreur de son manque d’audace et de son absence de renouvellement. Mais c’est paradoxalement difficile de le leur reprocher vu le contexte économique. Les plans sociaux se multiplient, les places sont de plus en plus chères. Il est humain que certains critiques soient solidement accrochés à leur poste depuis plusieurs décennies car ils savent que cela leur sera difficile de se recaser ailleurs. Sauf que la pensée ne se renouvelle pas. Mais il suffit de se pencher sur l’état de la presse généraliste pour comprendre que les enjeux dépassent la simple manière dont on décide de parler du cinéma aujourd’hui : les rubriques culture se réduisent à une peau de chagrin, ce n’est pas du tout la priorité des rédacteurs en chef. Certains articles ressemblent de plus en plus à du contenu promotionnel et les titres peinent à affirmer une ligne, un regard sur le cinéma. La plume du critique n’apporte plus assez de valeur ajoutée pour les lecteurs. C’est la raison pour laquelle beaucoup se détournent de la presse traditionnelle et vont chercher ailleurs les informations dont ils ont besoin. Il est certain qu’Internet en bénéficie mais de là à dire que nous avons conquis notre légitimité, je ne crois pas. Le paysage est encore trop disparate, parsemé de projets qui ne s’inscrivent pas suffisamment dans la durée ou qui sont, à mon goût, un peu trop autistes. Mais il y a aussi la difficulté à établir un modèle économique susceptible d’assurer la stabilité et la pérennité d’un titre.
Du coup, les visages et les signatures émergent difficilement. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Il suffit par exemple d’examiner nos relations avec les attachés de presse pour s’en convaincre. Certains sont très attentifs à ce que nous publions. Ils nous voient comme des prescripteurs. Mais surtout, ils savent que la liberté dont nous disposons nous permet de parler plus longuement des films, de mener des interviews qu’il serait impossible de caser dans des journaux papiers. Ils y voient leur intérêt et, quelque part, tout le monde est gagnant. Pour d’autres attachés de presse, plus têtus et abonnés à la vieille école, il n’est pas possible de nous prendre au sérieux. Ce sentiment est encore beaucoup trop répandu.

 Simon Lefebvre (Zinzolin) : Ce n’est pas une question d’oppositions de
supports. D’ailleurs si ce n’était que ça, évidemment qu’Internet serait complémentaire. On peut y lire des textes conséquents sur des films pour lesquels ne seront écrits que quelques signes sur papier. L’opposition, je pense qu’elle s’est faite avant toute chose à propos d’une certaine hiérarchie du goût, à savoir que la presse de cinéma dite “sérieuse” avait souvent tendance à faire le tri entre “bons” objets et “mauvais” objets, cinéma digne d’intérêt et cinéma inintéressant. Bon alors, sur Internet, cette partition explose. La télévision c’est différent. C’est pour le coup vraiment affaire de format. Les critiques qui interviennent à la télévision n’ont pas le temps de parler de cinéma, même dans des émissions consacrées entièrement à ça, comme Le Cercle. C’est de la critique en résumé (c’est-à-dire rien de rien… une critique n’a pas pour vocation d’être résumée, rapetissée). Si la télévision accordait vraiment du temps à la parole sur le cinéma, ça serait formidable. Mais une fois de plus, je me tourne vers Internet. On peut espérer que des grands médias web tels que Médiapart, Rue89 ou des choses comme ça, créent des émissions, de belles émissions. Pour ce qui est de la légitimité de la critique en ligne, j’espère qu’elle existe. Personne n’a à présupposer qu’il est plus légitime qu’un autre pour parler d’un film ou d’un livre, peu importe la place qu’il occupe.

 Raphaël Nieuwjaer (Débordements) : À vrai dire, nous ne nous situons pas par rapport à tel ou tel support, titre de presse, etc. Ce n’est pas notre problème. Nous faisons ce que nous faisons, et c’est au lecteur, dans sa pratique, d’y trouver une complémentarité ou une opposition. La deuxième question : je ne sais pas. C’est une question complexe, et je n’ai pas de vue particulière sur ce sujet – disons, naïvement, que la crise n’est pas forcément une chose négative. Elle oblige à créer, au moins à trouver des solutions. En ce qui concerne la troisième : oui, probablement. Des sites s’inscrivent dans la durée, d’autres émergent et semblent proposer quelque chose qui rencontre un lectorat exigeant. Plus personne ne peut l’ignorer. Une fois cela dit, je pense que la critique sur Internet doit garder quelque chose de son origine : bricolée, faite avec les moyens du bord, enthousiaste voire illuminée. Il faut être un peu inconscient pour se dire qu’on va faire une “revue” à une poignée. Il ne s’agit donc pas de devenir une institution, qui donne les bons points et vit sur sa rente. Au risque de refaire surgir l’idée d’un ennemi, disons que ça tient de la guérilla – contre le monde, tout d’abord, qui n’est guère organisé pour permettre aux gens de prendre le temps d’écrire sur le cinéma.

  Eugenio Renzi (Independencia) : Je ne pense pas qu’on puisse parler d’erreurs. Les Cahiers, notamment, ont perdu beaucoup de légitimité à partir des années 1980 à cause de la politique de Serge Toubiana. Les Américains, qui ne jurent que par Faust, diraient : ils ont vendu leur âme. D’autre part, sans la politique de concubinage avec le cinéma français, Les Cahiers auraient-ils survécu aux années 1980 ? Ils auraient peut-être disparu. Dans les deux cas, ils ont, en tant que revue critique, disparu. Donc c’est pareil. Aujourd’hui, la critique c’est : éblouissant, magnifique, génial… Pour des raisons commerciales, les magazines sont contraints à l’enthousiasme. Les “critiques”, papier ou Internet, utilisent presque tous un langage publicitaire. La question importante (aussi par rapport à la légitimité) n’est donc pas : Internet versus papier. Mais plutôt : publicité versus critique.

6. Existe-t-il – comme pouvait le suggérer la série d’entretiens “Paroles d’alliés” réalisée en 2012 par Sidy Sakho sur son blog – une forme de communauté de la critique en ligne, une volonté de faire front ?

 Clément Graminiès (Critikat) : J’ai participé très tardivement à cette série d’entretiens car je suis resté (involontairement) à l’écart de ce débat. Globalement, la communauté critique du web s’inscrit dans une démarche volontariste lorsqu’il s’agit de parler du cinéma. Nous le faisons pratiquement tous bénévolement, à l’exception de quelques titres qui rémunèrent à la pige. Cette absence de cadre donne une liberté de ton et nous autorise plus facilement à nous affranchir de figures tutélaires parfois encombrantes. Nous sommes dans l’initiative, l’enthousiasme désintéressé, ce qui, en soit, nous distingue parfois d’une presse écrite qui, à l’exception de deux ou trois titres, communique de plus en plus difficilement un vrai plaisir de cinéma. Mais nous devons aussi supporter le revers de cette autonomie : nous sommes tous exposés aux mêmes fragilités, à un manque de moyens, à une disponibilité insuffisante au regard de nos ambitions, etc. Je crois que ce sont avant tout ces contingences-là qui nous rassemblent. Après, dire que je me sens faire partie d’une communauté de pensée qui s’exprime exclusivement sur Internet, ce serait difficile.

 Simon Lefebvre (Zinzolin) : Oui et non. Il y a certainement une communauté de critiques qui se côtoient, qui sont pour certains amis quand bien même ils n’écrivent pas pour un même site, mais qu’ils aient une volonté de faire front… Peut-être qu’ils se supportent. Je dis “ils” car je ne me sens pas appartenir moi-même à quelque communauté de critiques web. Si j’en côtoie certains c’est d’ailleurs le plus souvent via Internet. Il y a peut-être de la bienveillance mais pas trop quand même. S’il y a bien circulation des paroles et des regards par l’écrit, tout ceci n’est pas une grande fête, une grande célébration d’une pratique commune, précisément parce que les différences politiques (au sens de la politique d’écriture, de la pensée critique) sont fortes par endroit. Critikat n’est pas Cinématraque, qui n’est pasIndependencia, qui n’est pas Débordements. Si on prend ces quatre sites par exemple, les divergences sont plus nombreuses que les connivences. Aucune inimitié là-dedans, ni de rivalité. Il s’agit juste de souligner qu’il n’y a pas de communauté web là où, ailleurs, il y aurait plutôt des communautés de titres (Cahiers, Positif, Chronic’art…). Le titre de la série d’entretiens de Sidy Sakho est maladroit et il n’a pas mesuré les réactions que cela allait entraîner (il a été très critiqué pour ça). Je l’ai tout de suite compris dans le sens “alliés d’écriture” et non pas “alliés politiques”.

  Raphaël Nieuwjaer (Débordements) : Non, je ne crois pas. Il y a quelque chose de légèrement paranoïaque à penser qu’il y aurait une volonté commune, un accord. Nous avons une situation un peu particulière, puisque nous sommes “excentrés” à Lille. Cependant, hormis le fait de croiser l’un ou l’autre dans les projections ou les festivals, éventuellement en dehors puisqu’il faut bien supposer que dans de telles conditions des amitiés naissent, je n’imagine pas une alliance se constituant en coulisses – pas même dans le demi-jour des réseaux sociaux. On pourrait en trouver la preuve dans la diversité même des sites. Cela n’empêche pas des coups de main éventuels, etc. Faire front, cela signifierait définir, même ponctuellement, une stratégie commune contre un ennemi commun. Pour notre part, nous ne cherchons pas à nous situer dans un champ. S’il nous arrive de “répondre”, ou de prendre appui sur des critiques lues ailleurs (indifféremment en ligne ou sur papier), c’est, de manière très simple et naturelle, pour construire la réflexion. Les oppositions se situent à ce niveau-là, et elles dépassent largement le clivage de toute manière très poreux papier / Internet. Il n’y a aucune raison de s’allier en fonction du support d’écriture, sauf à considérer que c’est celui-ci qui conditionne la légitimité (il y aurait alors donc à s’unir entre sites pour acquérir cette légitimité). Cela me semble de moins en moins le cas et, de toute façon et une fois encore, nous ne cherchons pas à prendre une place. Si nous en avons une, si notre travail a acquis une certaine visibilité, tant mieux. Mais c’est, j’ose l’espérer, en raison de sa qualité, et non d’une stratégie – ou d’un intérêt pour son support et mode de diffusion.

 Eugenio Renzi (Independencia) : Cette volonté existe… peut-être. Je ne sais pas. Cela ne m’intéresse guère. Rien ne s’y est dit d’un quelconque intérêt critique. C’était plutôt une manière de se reconnaître mutuellement. Comme l’a dit Shad Teldheimer, qui s’y connaît : “La différence entre le papier et l’Internet, c’est que dans la République révolutionnaire de Facebook les ascenseurs sont renvoyés en temps réel.”

7. Craignez-vous que la question économique vienne, tôt ou tard, faire le tri dans le paysage, aujourd’hui foisonnant, de la critique sur Internet ?

 Clément Graminiès (Critikat) : Oui, car l’enthousiasme seul ne dure qu’un temps. Il faut que des moyens viennent prendre le relais mais aujourd’hui, il est très difficile d’envisager un modèle économique pérenne pour des publications comme les nôtres. Paradoxalement, il suffit de voir ce que sont devenus des titres comme DVDrama ou Fluctuatpour rester méfiant et ne croire à aucune utopie. Sans argent, il y a risque d’essoufflement. Avec de l’argent (et la présence d’un groupe de presse), le projet initial peut perdre son âme. Il faut donc trouver le juste milieu, un moyen de rendre un titre viable tout en lui assurant une véritable indépendance éditoriale. C’est un projet de très longue haleine. Après huit ans d’existence, Critikat n’a pas encore trouvé toutes les réponses. Je m’estime déjà heureux que notre titre soit encore là et toujours en pleine croissance et ce, grâce à une communauté de rédacteurs très impliquée. Mais cela demande une énergie folle, j’en suis de plus en plus conscient. D’autres sites auxquels j’ai pu participer (comme Objectif Cinéma) ont fini par s’essouffler, en dépit de la qualité des très nombreux articles qui y étaient proposés. C’est vraiment dommage.

 Simon Lefebvre (Zinzolin) : Non. J’imagine que certains d’entre nous n’auront peut-être plus le temps ni la force de consacrer du temps à l’écriture de textes sur le cinéma. Ou alors plus d’argent pour aller au cinéma d’abord. Puis plus d’argent pour payer un abonnement Internet. Puis plus d’ordinateur (vendu pour s’acheter de quoi survivre).

 Raphaël Nieuwjaer (Débordements) : C’est une question importante, à laquelle on finit nécessairement par être confronté, à titre individuel ou collectif. La critique, de manière générale, est un travail précaire, relativement mal payé – quand il l’est -, et qui impose presque de vivre à Paris ou ses environs, ce qui accroît les difficultés économiques. On peut s’accommoder de ces conditions si c’est une activité de “divertissement” ou de plaisir, complémentaire à un emploi mieux établi. Il est aussi possible que, parmi diverses activités précaires plus ou moins liées au cinéma, on soit critique. Bref, peu de gens vivent de leur écriture – mais c’est tout autant valable pour les écrivains. À ce niveau, c’est un choix individuel, une question d’arrangements entre la vie matérielle et son désir. Cela peut avoir une incidence au niveau collectif, lorsque l’on est engagé dans un projet comme une revue. Il sera toujours possible de trouver des auteurs qui, ponctuellement, voudront confier un texte. La question porte plutôt sur ceux qui tentent de la construire au fur et à mesure – ce qui différencie ce projet-là d’un agrégat d’individus variable et aléatoire. Cela demande une énergie et un temps (du moins pour nous, car je suppose que certains sites bénéficient d’une forme d’inertie due à leur longévité, prestige, etc., qui fait que les choses se font à peu près d’elles-mêmes) qui ne peuvent, sur le long terme, être mis en œuvre que s’il y a de l’argent.
Il faut donc voir comment gagner cet argent (non pour s’enrichir, mais simplement pour libérer le temps nécessaire à cette activité, qui ne sera jamais un “métier”). La publicité ? Non. Un mécène ? Le fantasme du Loto transposé chez les “artistes”. Il vaut mieux ne pas y compter. Des souscriptions, des dons ? Éventuellement. Mais l’évidence est que l’écriture ne paie pas, et que ce n’est qu’en ayant d’autres activités que nous pourrons espérer financer la revue : présentations de films, organisation d’événements, etc. Le site devient alors à la fois le cœur et la vitrine d’un dispositif de diffusion de soi, ou du nom Débordements. Un peu l’équivalent d’un disque, qui ne rapportera que joué lors d’une tournée. Bref, il faut ajouter à l’écriture et la réflexion un “frisson de réel” pour espérer gagner de l’argent.
L’aspect positif de tout cela, qui semble intimement lié à Internet, est que la diffusion gratuite entraîne en retour une envie de participer, de contribuer, là aussi gratuitement. Il y a un échange non-monétaire, mais tout à fait tangible, qui est la conséquence de cette frontière d’emblée brouillée par Internet entre ceux qui font (un site ou autre) et ceux qui lisent. Même dans notre cas (le site étant dans sa conception fermé : sans commentaire, avec comité de rédaction refusant fréquemment des propositions, etc.), la diffusion gratuite et l’usage des réseaux sociaux permettent de créer ce lien, et d’échanger d’une certaine manière des services (traduire des textes, etc.). Cela ne permet pas de vivre, évidemment, mais un nouveau modèle se constitue.

 Eugenio Renzi (Independencia) : Je ne crains rien. Il y a 30 millions de spectateurs en France. La critique concerne grand maximum 5 000 personnes. Ça veut dire que ça n’existe tout bêtement pas. C’est juste une manière de s’amuser entre copains.

8. En 2012, quels films avez-vous été heureux de pouvoir défendre ou contester au sein de votre site ?

 Clément Graminiès (Critikat) : Il me faut un peu plus de temps pour mesurer l’impact qu’a pu avoir un film et la manière dont nous nous sommes positionnés par rapport à celui-ci. Avec le temps, je me dis toujours que sur certains films, nous nous sommes faits avoir, et que sur d’autres, nous sommes passés à côté. Sur l’année 2012, il y a énormément de films que je suis pourtant heureux que nous ayons défendus. Je pourrais les citer par dizaines, essentiellement parce qu’il s’agissait de distributions fragiles et que la rencontre avec le public s’annonçait très difficile. En revanche, sur ceux que nous avons contestés, les exemples qui me viennent immédiatement remontent à début 2013 : Lincoln ou Zero Dark Thirty, par exemple, que les rédacteurs ont refusé de prendre pour acquis sans non plus sombrer dans une polémique gratuite et stérile. Plus anciennement, je suis très fier que nous nous soyons offusqués du parti-pris esthétique très discutable de Kechiche dans Vénus noire. Je n’ai retrouvé de texte équivalent que chez Independencia, comme si l’ensemble de la critique française avait sombré dans une drôle de léthargie face à ce film foncièrement antipathique.

 Simon Lefebvre (Zinzolin) : J’ai une tendresse particulière pour mon texte consacré àQu’ils reposent en révolte, de Sylvain George. Le texte s’appelle “Paradigmes” et est l’un des tous premiers que j’ai écrit pour le site. J’aime beaucoup le film par ailleurs. Il est sorti en 2011, mais j’aurais écrit dessus (derrière ? autour ?) en 2012.

 Raphaël Nieuwjaer (Débordements) : Voici la réponse de Florent Le Demazel : “En ce qui me concerne, Duch de Rithy Panh et Tatsumi d’Eric Khoo : deux films à la visibilité moindre, par des auteurs rares (tout au moins Khoo) que je suis avec assiduité. Dans ces deux films, ils ont fait preuve de rigueur pour inventer une forme qui correspond à leur sujet.” Et voici celle de Romain Lefebvre : “J’ai un peu regardé ce qu’on a critiqué… Je ne saurais pas quoi répondre. La question n’est pas quels films on a préféré… Donc le problème c’est qu’il faut réfléchir à la raison pour laquelle on serait « heureux » ; si on est heureux parce qu’on a « défendu » ou « contesté » un film, c’est qu’on se suppose une sorte d’influence que j’ai quand même du mal à supposer ; alors on peut être heureux parce qu’écrire permet de développer une réflexion, mais c’est avant tout personnel et il ne s’agit pas de « défendre » ou « contester », pas tout à fait sérieusement… Peut-être que la critique ne rend pas heureux, d’ailleurs. Pour esquiver, on peut parler des films qu’on aurait aimé critiquer : The Deep Blue Sea, le Caouette, le Ferrara, le Gondry”. Je n’ai rien à ajouter.

 Eugenio Renzi (Independencia) : J’ai été heureux du temps passé avec les autres rédacteurs. Notamment pendant les festivals, où on va ensemble au cinéma et puis on discute des films. Si une partie, ne serait-ce qu’un ersatz, de ces moments de plaisir à pu apparaître dans les pages du site, je suis content.