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Jurassic Park 3D La 3D change d’ère

En promotion londonienne pour son dernier film, Trance, il y a quelques semaines, l’oscarisé Danny Boyle a abordé le sujet de la 3D au cinéma, qualifiant cette technologie d’“outil”, tout en ajoutant que l’engouement ne serait qu’une “phase”. Des propos d’autant plus surprenants qu’ils proviennent de l’un des plus ardents supporters du numérique, mais qui semblent globalement partagés par le grand public. En France, par exemple, Astérix & Obélix : au service de Sa Majesté a ainsi fait la majorité de ses entrées en séances 2D… Y a-t-il un véritable désintérêt pour le relief en salles ? Si c’est le cas, à qui la faute ?

L’an dernier, Jeffrey Katzenberg (patron de DreamWorks Animation et grand défenseur du support) critiquait les films médiocres qui nivelaient par le bas la 3D aux yeux du public. À cet argument fort intéressé – le producteur dédouanait, de fait, ses propres productions – s’ajoute un embouteillage des sorties : rien qu’en France en 2012, ce ne sont pas moins de 34 films qui sont sortis en 3D ! L’un de ces films était d’ailleurs une reprise notable : le monumental Titanic de James Cameron. Cette année, c’est au tour d’un autre film phare des nineties de profiter d’une conversion 3D pour une ressortie en salles, à l’occasion de ses vingt ans : le Jurassic Park de Steven Spielberg.

Jurassic Park, ce sont des souvenirs d’enfance : ceux d’un gamin de 12 ans, fan de dinosaures, qui trouvait là “LE” film idéal pour rêver éveillé. Vingt ans plus tard, le pouvoir de séduction de cette adaptation de Michael Crichton est définitivement intact. Revoir Jurassic Park sur grand écran, c’est voyager dans le temps : une époque où Spielberg, malgré sa filmographie, était contesté ; une époque où un blockbuster digne de ce nom voyait sa sortie dans le monde échelonnée sur plusieurs mois, faisant monter les attentes du public ; une époque, enfin, où le spectacle hollywoodien n’était pas contaminé à 100% par les effets numériques. Novateur à plus d’un titre, le film de Spielberg a marqué une évolution dans l’imaginaire d’Hollywood : l’après-Jurassic Park, ce sont des possibilités infinies en termes de création digitale (adieu les acteurs déguisés pour jouer un Alien…). Pour le meilleur comme pour le pire… Avec ce statut d’aïeul fondateur, comment s’expliquer que Jurassic Park vieillisse si bien ? Tout simplement par ses qualités de mise en scène et de narration. D’une part, Spielberg a toujours été un conteur hors pair, capable d’insérer ses traumas dans les interstices d’un film qualifié de “grand public”. D’autre part, sa réalisation est soigneusement élaborée et se révèle intemporelle. Mieux, elle gagne un atout de poids avec la 3D. À la fois valeur ajoutée et outil d’analyse, le relief qu’offre cette conversion méticuleuse fait ressentir la profondeur de champ, autant dans les scènes d’action qu’intimes. Spielberg compose attentivement son cadre, utilisant souvent un élément du décor au premier plan : Werner Herzog avait retenu cette leçon sur son documentaire La Grotte des rêves perdus. La clé pour pérenniser la 3D est là : si un “vieux film” pour la jeune génération est capable de procurer des sensations plus importantes que la dernière superproduction hollywoodienne, c’est sans doute parce qu’un cinéaste est derrière la caméra. La 3D ne fait que surligner les erreurs de jugements…

Michael Ghennam