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[CANNES 2013] La sélection officielle dévoilée

Jeudi matin, Gilles Jacob et Thierry Frémaux ont dévoilé la majeure partie des titres qui composeront la sélection officielle du 66e festival de Cannes. Entre franches surprises et grands noms évidents, la Compétition se révèle pour le moins acrobatique, où l’on distingue une très forte présence française parmi les 19 films sélectionnés. La Hors Compétition et le Certain regard, quant à eux, jouent encore sur de probables effets d’annonce très prochainement.

Abonnement renouvelé

Les “habitués” du festival, ce sont ces noms de cinéastes qui reviennent chaque année dès qu’ils ont un film prêt au printemps : Thierry Frémaux désapprouve le terme, préférant signaler que “les grands cinéastes font les grands films” pour expliquer le retour de plusieurs réalisateurs sur la Croisette. Ainsi, les frères Coen (Palme d’Or avec Barton Fink en 1991) et Paolo Sorrentino (Prix du Jury avec Il Divo en 2008) reviennent respectivement avec Inside Llewyn Davis (06/11), évocation du New York des années 1960 à travers la carrière d’un musicien folk, et La Grande Bellezza (22/05), chronique d’un été romain où un sexagénaire observe l’effondrement de la société italienne. Nicolas Winding Refn, propulsé chouchou du festival avec la surprise Drive en 2011 (et son Prix de la Mise en scène mérité) débarque avec un opus punk et radical, Only God Forgives (22/05), tourné en Thaïlande, de nouveau avec Ryan Gosling.
Autre retour, et non des moindres, celui de James Gray : l’Américain présentera enfin son nouvel opus (un temps intitulé Low Life puis Nightindale) : The Immigrant (27/11), son premier film en costumes qui réunit Joaquin Phoenix, Marion Cotillard et Jeremy Renner. Et la Compétition sera dominée par un autre Américain, venu “boucler la boucle” en concluant sa carrière là où il l’avait (presque) commencée avec une Palme d’Or : Steven Soderbergh viendra présenter Ma vie avec Liberace (19/09), biopic fantaisiste du flamboyant pianiste Wladziu Valentino Liberace, incarné à l’écran par un Michael Douglas métamorphosé. Ensuite, Steven prendra officiellement sa retraite…
Le Japonais Takashi Miike viendra, lui, présenter Shield of Straw, “le film hawksien de la Compétition” selon le délégué général. Ce polar, centré sur la société japonaise et abordant de front son rapport à la violence et à l’argent, marque la troisième venue (en trois ans) de l’inépuisable cinéaste. Son compatriote Hirokazu Kore-eda (Distance, Nobody Knows) va concourir avec Like Father, Like Son. Lors de son dernier passage à Cannes, en 2009, Air Doll avait été sélectionné à Un Certain Regard.
Au rayon des participations uniques, le Chinois Jia Zhang-ke (A Touch of Sin), le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Grigris, 28/08) et le discret Américain Alexander Payne (Nebraska) seront également de la partie.

Un Français peut en cacher un(e) autre

Jeune et jolie de Francois Ozon

Jeune et jolie de Francois Ozon

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les auteurs hexagonaux se sont passé le mot cette année pour être présents en force. Si Arnaud Desplechin était attendu depuis longtemps, ses compatriotes l’étaient moins. Annoncé dans la rumeursphère à la Quinzaine, François Ozon, qui n’avait pas foulé le tapis rouge depuis Swimming Pool, s’est laissé convaincre de chausser ses plus beaux mocassins pour présenter en Compétition Jeune et jolie, un film sans star (l’effectivement jeune et jolie Marine Vacth) et qui attise donc notre curiosité.
Du côté des espérés sans trop y croire, Abdellatif Kechiche et Roman Polanski ont finalement terminé leurs films à temps – même si Kechiche devrait remodeler encore son montage de 3h07. La Vénus à la fourrure concourra sans doute sous la bannière polonaise, c’est Polanski lui-même qui insiste, et mettra en scène la compagne et fidèle du réalisateur, Emmanuelle Seigner, face au doublonneur Mathieu Amalric (déjà chez Desplechin). Cette adaptation du célèbre roman érotique de Sacher-Masoch devrait réchauffer la Croisette s’il y fait le même temps que l’année dernière. Autre adaptation, d’une bande dessinée cette fois (Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), La Vie d’Adèle ne sera pas en reste. Kechiche y filme l’histoire d’amour désespérée entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos.
Enfin place aux vraies surprises annoncées avec gourmandise par Thierry Frémaux – qui n’aime rien tant que de déjouer les rumeurs, et on le comprend. Arnaud des Pallières, plutôt confidentiel jusque-là et dont on avait adoré Disneyland, mon vieux pays natal, est emmené en haut des marches par le récompensé de l’an dernier Mads Mikkelsen pour Michael Kohlhaas, une histoire d’injustice et d’honneur au cœur du XVIe siècle et des Cévennes. Enfin, seule femme de cette Compétition, Valeria Bruni-Tedeschi présentera Un château en Italie, film de nouveau fortement autobiographique. Nous accueillons cette intronisation comme la confirmation que son Actrices était œuvre forte, belle, intelligente, et verrons avec curiosité comment la désagrégation de sa famille de la haute-bourgeoisie retentit avec celle de l’Italie.

Premières fois, première compétition

Le Passe de Asghar Farhadi (copyright Carole Bethuel)

Le Passe de Asghar Farhadi (copyright Carole Bethuel)

Il fallait bien des invités surprises en Compétition : en dehors de des Pallières, la sélection se compose de trois noms inattendus. Ainsi, le Néerlandais Alex Van Warmerdam (connu pour être l’auteur des Habitants en 1992) viendra présenter le mystérieux Borgman. Asghar Farhadi, fort du succès critique et public d’Une séparation (Ours d’Or en 2011), arrive pour la première fois à Cannes avec Le Passé, récit du divorce (déjà consommé) entre un Iranien (Ali Mosaffa) et une Française (Bérénice Bejo, dans un rôle initialement prévu pour Marion Cotillard). Enfin, si Cannes n’est pas une nouvelle aventure pour lui (après un passage au Certain Regard avec Sangre en 2005), Amat Escalante monte d’un cran et intègre la compétition. Présenté comme un “film de narco”, illustrant “la désintégration que subit le Mexique”, Heli s’annonce comme l’un des événements du festival.

Le maigrichon Certain Regard

The Bling Ring de Sofia Coppola

The Bling Ring de Sofia Coppola

Encore en gestation, le Certain Regard 2013 est pour l’instant un petit cru. S’il s’offre tout de même Sofia Coppola en ouverture avec le teenage The Bling Ring (après son Lion d’Or pour Somewhere) , le reste de cette sélection navigue entre valeurs sûres, noms en vogue et vrais inconnus.
Régulièrement présent en Hors compétition, Rithy Panh dévoilera son dernier documentaire, L’image manquante, tandis que l’Iranien Mohammad Rasoulof, déjà venu au Certain Regard en 2011 avec Au revoir (ce qui lui a valu nombre de problèmes avec son gouvernement), présentera Anonymous, qui ne devrait pas améliorer ses relations avec les autorités de son pays… Les Salauds marque le retour à Cannes de Claire Denis, passée par la Compétition pour son premier film (Chocolat en 1988) et la Hors compétition (Trouble Every Day en 2001), tout comme Alain Guiraudie (L’Inconnu du lac), Hany Abu-Assad (Omar) et Rebecca Zlotowski (Grand central). Le premier avait vu son Roi de l’évasion sélectionné à la Quinzaine, les seconds étaient, quant à eux , à la Semaine de la Critique avec Le Mariage de Rana et Belle épine.
Le Certain Regard va mettre à l’honneur les acteurs passant derrière la caméra : James Franco, désormais habitué à l’exercice, livre son adaptation attendue de Faulkner, As I Lay Dying. Valeria Golino (vue dans Respiro, Actrices ou Caos Calmo) passe pour la première fois à la réalisation avec le singulier Miele.
Il n’y a pas que Brillante Mendoza pour représenter le cinéma philippin : le Certain Regard offre un écrin au prolifique Lav Diaz et son Norte, hangganan ng kasaysayan, opus de quatre heures ! Adolfo Alix Jr., lui, est invité avec Death March.
Ne reste plus que quatre découvertes, quatre premiers films d’inconnus qui ne le resteront sans doute pas longtemps : la Canadienne Chloé Robichaud (Sarah préfère la course), la Chinoise Flora Lau (Bends), l’Américain Ryan Coogler (Fruitvale Station, Grand Prix au dernier festival de Sundance) et le Mexicain Diego Quemada-Diez (La Jaula de oro, un “film de frontière”, en opposition aux “films de narco”).

Une Hors compétition anémique

Blood Ties de Guillaume Canet

Blood Ties de Guillaume Canet

Si le Certain Regard peut sembler “léger”, que dire de la Hors compétition (élargie aux Séances de minuit et aux Séances spéciales) ? Seuls deux événements sont annoncés : Blood Ties, le remake américain des Liens du sang de Jacques Maillot par Guillaume Canet, coscénarisé par James Gray, et All is Lost de J.C. Chandor (la révélation 2012 en France Margin Call), avec pour seul acteur Robert Redford.
Les séances de minuit ne seront pas légion non plus : la première sera consacrée à un premier film indien, Monsoon Shootout, d’Amit Kumar. La seconde revient à un habitué : Johnnie To, qui dévoilera sa comédie policière Blind Detective.
Les Séances spéciales se concentreront sur les documentaires : Seduced and Abandoned de James Toback (sur les coulisses des festivals), Stop the Pounding Heart de Roberto Minervini , et un joyau oublié : Week End of a Champion de Roman Polanski, documentaire sur le pilote de F1 Jackie Stewart, oublié de la filmographie de Polanski car signé, à l’époque, par un autre.
Taisa Igumentseva, jeune réalisatrice russe lauréate de la Cinéfondation, est sélectionnée pour son premier long métrage, Bite the Dust, tandis que Stephen Frears revient avec Muhammad Ali’s Greatest Fight, petit biopic du boxeur qui se focalise sur ses démêlés avec la justice américaine et la guerre du Vietnam.
Le festival diffusera également Max Rose, de Daniel Noah, dans le cadre d’un hommage à Jerry Lewis, qui a prévu de prendre sa retraite d’acteur après ce film.
Enfin, le film à sketches Bombay Talkies (cosigné par Anurag Kashyap, Dibakar Banerjee, Zoya Akhtar et Karan Johar) sera l’affiche d’une séance de gala pour célébrer le centenaire du cinéma indien. À noter que les sections parallèles auraient chacune sélectionné un film indien… Réponse dans quelques jours…

Absentéisme injustifié
Ces derniers jours, Thierry Frémaux avait fait taire un certain nombre de rumeurs, en précisant que plusieurs films évoqués en coulisses n’avaient tout simplement pas été soumis aux différents comités de sélection… puisqu’ils n’étaient pas terminés ! Ainsi, on ne découvrira pas les adaptations des BD Le Transperceneige par Bong Joon-ho (The Host, Memories of Murder) ou de Quai d’Orsay par Bertrand Tavernier, ni le drame sur l’esclavagisme Twelve Years a Slave de Steve McQueen (Hunger, Shame). Même cas de figure pour Lars von Trier, qui n’est plus persona non grata à Cannes, mais qui travaille encore au montage de son diptyque Nymphomaniac.
Jim Jarmusch (Only Lovers Left Alive), Ari Folman (The Congress) [annoncé ce vendredi en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs] ou Catherine Breillat (Abus de faiblesse) figurent aussi dans les absents de marque, dont la présence semblait pourtant acquise.
Quant à Jean-Luc Godard, il faudra sans doute attendre 2014 pour découvrir son Adieu au langage 3D. À moins que le monsieur ne présente une autre création sur la croisette…

Michael Ghennam et Chloé Rolland