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Atelier cinéma #20 : King Kong (Cooper & Schoedsack, 1933) Saison 2

Jusqu’à présent, King Kong était identifié par les enfants lorsque je le présentais en séance. Certains, de moins en moins nombreux au fil des années, avaient en tête la belle version de Peter Jackson réalisée en 2005. Peu connaissaient l’original qui faisait alors toujours forte impression. Cette année, la créature n’était connue que d’un seul enfant du groupe.

Lors de ma présentation, j’ai bien sûr évoqué le mythe de la Belle et la Bête, insisté sur l’aspect impressionnant du film, sa violence ponctuelle et j’ai enfin émis l’idée que la beauté de l’héroïne ne laissait pas King Kong indifférent.

Le film commence par un tunnel de dialogues, peu apte à éveiller l’intérêt des enfants. La copie est vieille, le son assez mauvais. Je meuble en expliquant les enjeux dramatiques qui sont très confusément présentés dans cette version française, plus courte que l’originale. « Ils parlent trop vite », me disent-ils.

Comme eux, j’attends impatiemment l’entrée en scène de la créature. Lorsqu’elle apparaît enfin, le côté saccadé de l’animation leur donne l’impression d’être, pour certains, devant un « dessin animé », pour d’autres, devant « un robot ». Je reprends mon explication de l’animation image par image. (« Comme Fantastic M. Fox ? »). À partir de ce moment, les enfants ne percevront aucun temps mort dans la narration.

Malgré son grand âge, la violence du film est ressentie par mon public : « Heureusement que c’est en Noir & Blanc. Si c’était en couleur, il y aurait du sang partout ». Ils réagissent particulièrement lorsque indigènes et poursuivants se retrouvent dans la gueule de King Kong ou sous ses pattes. Ils constatent que King Kong a une dentition différente selon qu’il est filmé en gros plan ou en plan moyen. Au bout d’un moment, ils se mettent à compter les victimes. L’un des enfants remarque pourtant que « celui qui a embrassé la fille, il ne lui arrive rien ». Il s’agit de Jack, le héros qui suit Ann et King Kong dans la jungle.

Les enfants me donnent les noms des dinosaures croisés pendant le film, m’apprennent que le premier à affronter le singe est un Stégosaure et sont enchantés par l’arrivée d’un T. Rex. Ils constatent aussi que King Kong a beau se déplacer d’un endroit à l’autre, il n’arrive pas à assurer la sécurité d’Ann. Même dans son repaire, il est attaqué par un serpent géant. Ce systématisme du récit leur permet de se détendre et de prendre un peu de recul.

Lorsque la bête s’échappe à New York, ils comprennent plus clairement le désir de King Kong de retrouver Ann : « Il la trouve sexy ». Ils se focalisent alors sur son rapport avec les femmes, s’aperçoivent « qu’il ne réagit que lorsqu’elles sont jolies » mais saisissent mal pourquoi « elles gueulent quand elles le voient ».

Ce premier King Kong, malgré sa poésie sauvage, n’a pas la dimension mélodramatique des deux versions suivantes. Les enfants ne furent pas attristés par la mort du monstre. En haut de l’Empire State Building, ils étaient plutôt à bord des avions mitrailleurs qu’à côté d’Ann. C’est la seule réserve exprimée pour un film qui reste encore impressionnant aujourd’hui, grâce, en partie, à ses maladresses.