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Atelier cinéma #19 : Stand By Me (R. Reiner, 1986) Saison 2

Petit frère introverti des Goonies, Stand By Me est une merveille inusable. Quatre gamins partent à la recherche du cadavre d’un jeune garçon fauché par un train. Ce mini road-movie accumule les péripéties excitantes. En même temps, il approche les blessures de l’enfance avec une grande délicatesse.

J’ai présenté le film ainsi. Je suis aussi parti de la structure en flash-back, en leur indiquant que le récit s’incarnait à partir des souvenirs de l’un des protagonistes devenu adulte. Ce qui a déclenché cette remarque d’un des participants : « En fait, on voit le film à l’envers ». Je n’ai pas du tout souligné la dimension funèbre du film : recherche d’un cadavre, grand frère mort, rixe tragique donnant le point de départ à l’histoire. Il y a de quoi effrayer, mais pourtant rien n’est plombé dans un film qu’ils ont tous adoré.

Ils furent particulièrement sensibles à la situation de Gordie, fils ignoré de parents endeuillés par la mort de leur aîné. Les quelques scènes entre Gordie et son grand frère, sont très attentivement scrutées. Le rêve de Gordie sur ce thème les a aussi beaucoup impressionnés. D’ailleurs, le film est rythmé par une série de mini récits dont ils ont su déceler la nature avec facilité : le flash-back, mais aussi le rêve, l’anecdote racontée pour se distraire. C’était la partie analyse filmique sur laquelle ils furent performants.

Le film avait beaucoup à leur dire ; nombre de scènes faisaient écho avec des problématiques qui leur sont propres. Par exemple, dans le film, les quatre amis s’amusent à insulter leurs mères respectives. Il s’agit de trouver l’insulte la plus imagée, saluée par les autres à coups d’éclats de rires et d’accolades généreuses. Dans ma cour de récréation, ce type d’invectives provoque invariablement la fureur du fils dont la mère est incriminée. Ne pouvant pas m’empêcher de faire l’éducateur, je pointai cette différence à mes spectateurs. Un des enfants me répondit : « Avant, ils se disaient des gros mots, mais ça ne leur faisait rien. Maintenant, ça nous énerve ».

J’ai encore été surpris par notre différence de perception à propos de certaines images. Il y a la fameuse scène de concours d’ingestion de tartes. Un des participants, pris de nausées, vomit sur ses concurrents qui vomissent à leur tour sur le public. Le trucage du vomissement me paraissait grossier (un tuyau placé derrière le profil caché du personnage éjectant à grande pression la nourriture) et totalement irréaliste. Je leur ai donc demandé, en faisant des arrêts sur image, s’ils savaient comment cela avait été fait. Aucun n’a deviné. En plus, mon explication n’a pas eu l’air de les convaincre.

À la fin de la quête, lorsque Gordie découvre enfin le jeune homme décédé, les enfants font tout de suite le lien avec son frère disparu. L’acte de bravoure final de l’enfant face à des plus grands s’explique pour eux de manière limpide.

Lorsque le film se conclut sur un des personnages, devenu adulte, les spectateurs ont regretté que les autres, ses anciens camarades, ne soient pas également montrés. L’image qu’ils conservent du film, à l’unanimité, ce qui est plutôt rare, est celle qui montre les quatre amis marchant de front le long de la voie ferrée.

Souvent présenté en atelier, ce film ne m’a jamais abandonné, ni trahi.