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César : ceux qui te saluent vont mourir

Après la polémique lancée par Vincent Maraval sur le salaire des acteurs français, on pouvait attendre de la 38ème cérémonie des César qu’elle soit l’occasion de poser quelques jalons pour l’avenir d’une industrie dont la mécanique est, plus que jamais, grippée. Or, le show pitoyable offert ce soir-là fut tout sauf à la hauteur d’une situation dont la complexité confine à l’absurde : quelques jours plus tôt, on découvrait le néologisme “JT-able” (prononcez « jitébeule ») créé par Léna Lutaud, du Figaro, pour définir la capacité d’un acteur à accumuler les passages sur les JTs des grandes chaînes, et, par extension, sur les plateaux des émissions “culturelles” où il s’agira pour lui de faire preuve d’humour, de bagout et de charme. Bref, d’être réduit au rang de simple faire-valoir promotionnel. C’est que les distributeurs, chargés de payer des frais de communication de plus en plus élevés (une bande-annonce projetée en salle peut être facturée jusqu’à 200 000 euros), voulant être sûrs d’en avoir pour leur argent, poussent la production à engager les comédiens en fonction de leur aura médiatique.
Par ailleurs, comment reprocher à Dany Boon d’être rémunéré de façon si démesurée ? C’est également lui qui remplit les caisses du CNC, via son fond de soutien (15 millions d’euros versés entre Bienvenue chez les Ch’tis et Rien à déclarer). Le fait est que, contrairement à ce que l’on entend communément, il y a de plus en plus d’argent qui circule dans le cinéma français. Il y a juste de moins en moins de gens qui en profitent. Les techniciens restent les grands sacrifiés de la fabrication d’un film, et continuent à lutter pour l’extension de leur convention collective. Les auteurs sont également touchés. Estelle Larrivaz réalise un premier film original et intriguant (Le Paradis des bêtes), qui peine à rencontrer son public. Monsieur Morimoto, de Nicola Sornaga, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2008, n’a toujours pas trouvé de distributeur. Sylvain George propose deux documentaires magnifiques sur la question de l’immigration (Les Éclats et L’Impossible), qui font, à eux deux, moins de 500 entrées à Paris.
En réaction à la difficulté de mener un projet à son terme lorsqu’on travaille hors du système “officiel”, les auteurs, novices ou confirmés (voir Brisseau et sa Fille de nulle part), forcés d’innover, nous font pourtant des propositions de cinéma sans cesse plus excitantes. Il y a donc une bonne nouvelle : les films de qualité existent. La mauvaise est qu’ils ne sont pas vus. Ils sont relégués d’avance dans quelques salles anonymes, au prétexte que, les prévisions d’entrées n’étant pas bonnes, il ne sert à rien d’en faire une promotion coûteuse : le serpent se mord la queue. Dans L’Annuel du Cinéma, à paraître en avril, nous tenterons de cerner les différents aspects de la crise que traverse le cinéma français. Et en attendant, même si, sur le plateau des César, les feux de la rampe continuent à n’inonder de lumière que quelques élus déjà clinquants, Les Fiches continueront à éclairer également les films qui brillent, pour l’instant, dans le noir.