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Atelier cinéma #17 : La Vie est immense et pleine de dangers (D. Gheerbrant, 1994) Saison 2

Je n’avais jusqu’à présent jamais proposé de films documentaires aux enfants de l’atelier. Cette œuvre de Gheerbrant, immersion dans un service de soins pour enfants atteints de cancers, m’intriguait. Je me demandais s’il était pertinent de le présenter à mon public, lui aussi pris en charge, mais dans un cadre médico-social. J’ai d’abord découvert le film pour me faire une idée. Après une première vision, je me suis dit que la séance n’allait pas être simple mais que ça valait le coup d’essayer, pour une raison qui me paraissait essentielle et qui fut donnée aux enfants lors de la présentation.

Avant de voir le film, je n’ai pas minimisé l’aspect sérieux de cette séance un peu particulière. Je justifiai mon choix devant les enfants en leur disant qu’il y avait peut-être dans ce film une approche, des mots, des idées qui pourraient leur « parler », qui pourraient aussi enrichir une réflexion sur ce thème, toujours présente à cet âge-là. Bref, voir si film et enfants ont des choses à se dire.

D. Gheerbrant a choisi de suivre principalement le parcours hospitalier du jeune Cédric, atteint d’une tumeur à l’estomac. D’entrée, je précisai aux enfants que le petit garçon guérissait de son cancer, chance que n’auront pas d’autres enfants aperçus dans le service. Je ne voulais pas susciter de l’intérêt pour le film de manière malsaine, en laissant planer le suspense autour de la guérison de Cédric.

Le film alterne séances de soins et entretiens avec les enfants qui livrent leurs espoirs ou inquiétudes, les servitudes liées à la lourdeur du traitement. Les enfants de l’atelier les ont écoutés, parfois un peu secoués par la perte progressive des cheveux des protagonistes, occasionnant un changement physique important.

Deux enfants sur les quatre ont regardé le film en entier. Les deux autres ont abandonné au bout de 50 minutes de projection. Les questions furent rares même si je dois avouer avoir été très bavard pendant cette séance. Les deux enfants assidus ont décidé de s’allonger pour voir le film, comme s’ils se mettaient au diapason de la posture des enfants à l’écran. Il est certain que le film a mobilisé de moins en moins leur intérêt. Ils se sont lassés des longs silences ponctuant les paroles des jeunes malades : « Pourquoi il le filme alors qu’il ne dit rien ? »

Cette vision avec les enfants fut pour moi assez éprouvante. J’ai trouvé que le son, rempli de bruits parasites, rendait la perception des paroles des enfants malades plutôt inconfortable. L’image n’est pas très belle, parfois sous-exposée. Bref, j’ai eu l’impression de beaucoup leur en demander et que le film faisait peu d’efforts pour capter l’attention d’un jeune public. Une image et un son corrects, ce n’est pas un détail lorsqu’il s’agit de se colleter avec un sujet aussi grave et de demander à des jeunes d’y prêter attention. Il n’est pas question ici d’édulcorer la réalité, mais de faciliter une rencontre. Une parole forte, mais diluée sur 80 minutes, ne suffit pas.

Une semaine plus tard, un des spectateurs a demandé à aller à l’infirmerie pour des maux de ventre. En chemin, il m’a confié qu’il espérait n’avoir pas « la même chose » que Cédric.