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Atelier cinéma #16 : The Party de Blake Edwards (1968) Saison 2

La plupart des films racontent une histoire. Les enfants aiment les histoires. Pourtant, cette fois-ci, le regard des enfants m’a permis de vérifier qu’un film pouvait être aussi un endroit, un lieu où il est plus ou moins agréable de se retrouver. Cette idée n’est pas neuve, mais j’ai été agréablement surpris par la force avec laquelle elle s’est imposée pendant cette projection.

J’avais deux doutes qui me faisaient hésiter à montrer ce film aux enfants : le regard égrillard d’Edwards est peut-être trop adulte, et les morceaux de bravoure susceptibles de les amuser risquaient d’être trop espacés. Mon envie de choisir ce film s’appuyait sur leur goût pour le burlesque. Je leur livrai donc peu d’éléments de présentation, me contentant de leur dire qu’il s’agissait de l’histoire d’un monsieur qui se fait inviter par erreur dans une soirée.

L’immersion dans le film est aidée par la séquence pré-générique. L’interminable agonie au clairon de Bakshi est joyeusement reçue ainsi que la spectaculaire explosion intempestive du fort. Mais ce cadre disparaît au profit du décor unique dans lequel va se dérouler la fête. Manifestement, les enfants sont un peu déconcertés par ce changement d’ambiance. Les premières maladresses de Bakshi les font sourire mais je sens très nettement que leur attention se focalise plutôt sur le serveur qui commence à vider les fonds de verres. Leur attention me paraît flottante, un peu distraite jusqu’au moment du repas.

À table, s’enchaînent vol de poulet, gâteaux écrasés, chutes diverses et tentatives d’étranglement. Les enfants sont aux anges. Rétrospectivement, je pense que c’est à ce moment-là qu’ils sont véritablement entrés dans le film. Cette séquence fut d’ailleurs bissée en fin de projection.

En essayant d’analyser cette séance quelques jours plus tard, je me suis rendu compte que les quatre temps du film (l’apéritif, le repas, le digestif et la fête) sont autant d’étapes d’apprivoisement mutuel. Au moment de l’apéritif, film et enfants s’observent, les deux sont un peu compassés, chacun restant sur sa réserve. Le repas permet de se décontracter, de comprendre que les catastrophes vont prendre de l’ampleur et on est curieux de voir jusqu’où le film va aller dans ce sens. La prise d’un bon cognac permet de découvrir l’arrière-salle, les appartements privés, de prendre possession des lieux et de nouer une relation privilégiée avec la seule personne gentille avec Bakshi. On s’aperçoit aussi que le film est capable de moments tendres qui ont su retenir l’attention des enfants.

À partir de l’immortelle séquence dans les toilettes, il me semble que les enfants se sentent totalement à l’aise dans cet environnement gagné par la folie douce. Ils ne se formalisent pas de l’absence manifeste d’enjeux dramatiques. Et c’est à ce moment qu’un enfant a prononcé la phrase citée en exergue (“J’aimerais bien y être”). Celle-ci m’a troublé puisque j’avais cité The Party comme film dans lequel j’aimerais vivre lors du questionnaire des Fiches du numéro 2000. (Entre parenthèses, cette remarque m’a ouvert tout un pan de compréhension du film, la découverte d’un sous-texte social que je n’avais pas remarqué après une quinzaine de visions). The Party, d’une certaine façon a permis à un éducateur et son groupe d’enfants de se retrouver en 1968, et de patauger joyeusement dans l’eau et la mousse sur la musique d’H. Mancini. Ce jeudi, c’était là où nous nous trouvions.