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Atelier cinéma #15 : Jiburo de Lee Jung-hyang (2002) Saison 2

“ … Et après, il part. ” C’est ce que m’a dit un des enfants de l’atelier pendant la projection de Jiburo. Il faisait allusion à ce film et au Vieil homme et l’enfant, vu lors de la séance précédente. J’avais rapproché la présentation de ces deux films en insistant sur leur histoire quasiment similaire. Ce film coréen conte le séjour d’un petit garçon, passionné de jeux vidéo et de junk food, chez sa grand-mère mutique dans un petit village reculé. Dans les deux films, les parents ne peuvent temporairement s’occuper de leur enfant et le confient à une vieille personne au mode de vie pour le moins rustique.

La bonne nouvelle de cette séance est que, pour une fois, la rencontre n’a pas eu lieu. Film et enfants se sont croisés, toisés et ont poursuivi chacun leur chemin. Ce manque d’enthousiasme pour le film a été favorisé par cette mise en concurrence exposée dès le départ. Le groupe a majoritairement préféré Le Vieil Homme à Jiburo. Il est plus facile pour eux de se déterminer sur un film lorsqu’il s’agit de le comparer à un autre. La victoire du vieux film éclaire ce qu’ils ont pu trouver et apprécier dans les deux œuvres.

Jiburo a été vu d’une traite, quasiment sans interruption ; les demandes d’explications ou les commentaires furent rares. J’évoquais, lors de la séance précédente, toutes mes difficultés pour éclaircir le contexte de l’époque dans laquelle se passe Le Vieil Homme. Donc, il semblerait qu’un film n’ait pas forcément besoin d’être compris pour être apprécié.

Une vache « folle » poursuit les promeneurs qui tentent à chaque fois de la semer. Ce gag récurrent de Jiburo les a beaucoup moins amusés que le leitmotiv « Tu veux mon doigt ? il est plus gros ! » répété tout au long du Vieil Homme. La fin de Jiburo, qui marque aussi une séparation, a moins ému les enfants que la scène très brève du bus emportant Claude et ses parents sous la pluie.

Je pense que les enfants ont soulevé le capot des deux films et en ont finement observé le moteur. Celui du Vieil Homme repose sur un éloge de la transgression : on fume en cachette, on fait des blagues, on vole dans les magasins, on s’amuse avec des adultes passablement avinés et … On vit un amour interdit.

Le moteur de Jiburo serait plutôt un certain moralisme que l’exotisme de la situation et du pays d’origine (la Corée) n’a pas complètement dissimulé. En effet, le petit garçon est confronté à des épreuves qui mettent en évidence son égoïsme et sa condescendance. Peu à peu, il est amené à abandonner les jeux vidéo pour le dessin, à faire preuve de générosité et à apprécier pleinement la vie rustique à la campagne et ses habitants. Bref, moi qui voyais Jiburo comme une œuvre attachante, empruntant au mélodrame, je m’aperçois, grâce à la réception des enfants, qu’il s’agit surtout d’un film qui nous fait la leçon. Et rien n’est plus casse-pied qu’un film qui colore chaque scène d’un commentaire du genre « c’est bien » ou « c’est mal ».

Je suis redevable à notre travail collectif (adulte et enfants) d’avoir mis à jour la tonalité de Jiburo. Finalement, il s’agirait d’un film pour parents, déguisé en film pour enfants. L’exercice, en ce sens, a été très profitable.