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Atelier cinéma #14 : Le Vieil homme et l’enfant de Claude Berri (1967) Saison 2

Tout est dans la citation d’un des enfants (retranscrite sur l’image ci-dessus, ndlr). La diffusion de ce film, vieillot dès sa conception, en atelier, répond au désir d’emmener mes jeunes spectateurs à la rencontre de gens chaleureux et passer un moment à la campagne. C’est toujours cette impulsion qui motive la programmation du Vieil Homme. Étant aussi éducateur, j’avais, de plus, en tête les relations difficiles que vivait un des enfants de l’atelier avec son propre grand-père. Fidèle à l’une des coutumes de l’atelier, je lui dédicaçai cette séance, c’est-à-dire que je lui dis que je pensais particulièrement à lui quand j’ai choisi ce film. Chaque enfant, au fil des séances, reçoit une dédicace.

La présentation du film demande toujours un peu de temps : « C’est l’histoire d’un petit garçon juif pendant la guerre. Comme il fait beaucoup de bêtises, ses parents l’envoient à la campagne, chez un monsieur gentil, mais qui n’aime pas les juifs. Il doit donc cacher ses origines. » Ça, c’est le point de départ ; car, tout au long de la projection, il faudra expliquer l’Occupation, la Collaboration, le statut des juifs pendant cette période, Radio Londres contre Radio Paris, les représentations antisémites, et pas mal d’autres choses…

L’histoire démarre pourtant clairement et de manière plaisante pour les enfants. Les bêtises du petit Claude qui vole un tank dans un magasin de jouets ou fume en cachette, les intéressent d’emblée. Ils sont assez impressionnés par le jeu de Charles Denner, jouant le père de Claude, et par la théâtralité de ses colères lorsqu’il veut corriger son fils. La séparation émouvante sur le quai de la gare semble aussi les toucher.

La première rencontre entre le vieil homme, incarné par Michel Simon, et Claude est toujours un moment fort de la projection. Les enfants sont exactement à la même place que Claude qui découvre, éberlué, ce gros ours à table, partageant son plat de légumes avec son vieux chien. À partir de là, il me semble que l’attachement sensible des enfants pour le film suit la même progression que la relation entre le vieil homme et l’enfant.

La traversée du film est ensuite une succession de montées et de descentes. Les montées, ardues, sont les nombreux intermèdes radiophoniques à bases de discours collaborationnistes ou résistants, les échanges évoquant les mérites comparés de De Gaulle et Pétain, toutes les allusions à l’état d’esprit d’une époque qui leur passent bien au-dessus de la tête. Les descentes apparaissent dès que Claude va à l’école, flirte avec la petite paysanne, se bagarre avec ses camarades et surtout les moments passés entre lui et le vieil homme. Je suis toujours surpris de les voir apprécier cette longue séquence de pique-nique arrosé, où, d’un point de vue dramatique, il ne se passe rien. Ils suivent aussi attentivement la santé déclinante du vieux chien dont la disparition les émeut.

Dès la fin de la diffusion, je leur ai demandé de manière insistante si le film leur avait plu. Comme d’habitude, ils m’ont répondu de manière positive. Je n’arrive pas à avoir une réponse négative, quelque chose qui m’indiquerait qu’ils préfèrent un film à un autre, l’affirmation d’un goût ou d’un dégoût. Après réflexion, je pense que leur réponse n’est pas liée au film que nous voyons mais, d’une façon plus large, elle concerne leur satisfaction de participer à l’atelier. Quel que soit l’intérêt manifesté pour un film ou l’ennui qu’il peut générer, c’est la séance et son dispositif qui sont appréciés. Bref, l’atelier Cinéma, c’est aussi un temps agréablement partagé.