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Couleurs prédominantes

2013, c’est parti. En janvier, réservez vos soirées, bloquez vos week-ends,
rendez-vous disponibles, car l’année démarre sur les chapeaux de roue.
Une rafale de films de gros calibre (The Master de P.T. Anderson le 9,
Django Unchained de Q. Tarantino le 16, Zero Dark Thirty de K. Bigelow
le 23, Lincoln de S. Spielberg le 30…), et déjà un thème qui se détache
pour donner une couleur à l’année : le rapport dominant / dominé,
décliné en affrontements, soulèvements, rapports de forces. Cela pourra
se dérouler sur le mode intime, de personne à personne, mais ce sera
toujours le reflet d’une mécanique plus ample.
Dans The Master, par
exemple, au-delà de l’affrontement entre un ex-Marin en perdition et
le “plus ou moins Ron Hubard” qui le prend sous son aile, on peut voir
à l’oeuvre le très complexe jeu d’attirance et de rejet qui se joue entre
la liberté et la règle, l’état sauvage et la civilisation, l’homme et le système
(religieux, mais de la même façon moral, politique ou économique) qui
essaie de le façonner à son image.

Dans Une histoire d’amour – évocation
lourdingue de la mort du banquier Stern – derrière le descriptif d’une
relation sado-masochiste, se trame une représentation métaphorique
de la violence et de la logique autodestructrice des puissances
financières.
Dans Zero Dark Thirty, ce sont les fameux “axe du mal” et
“axe du bien” qui se courent après, puisqu’il est question de la traque
de Ben Laden.
Dans Paradis : Amour, c’est l’Occident et le Tiers Monde
qui se téléscopent, se maltraitent et tentent pathétiquement de faire
coïncider leurs besoins (amour / argent). Une des images les plus fortes
du film montre une plage divisée par une clôture : d’un côté les Blancs
(riches et moches), de l’autre les Noirs (pauvres et beaux).
Et deux autres
films (on peut s’en étonner, car on est tout de même en 2013 !) évoquent
aussi l’opposition entre Noirs et Blancs : Django Unchained et Lincoln,
qui reviennent tous deux sur la question de l’esclavage.
Dans Foxfire,
Laurent Cantet, lui, remet à l’ordre du jour la guerre des sexes, en
décrivant la rébellion d’un groupe de filles dans l’Amérique profonde
ultra machiste de 1953. Comme Django dans un registre très différent,
Foxfire s’intéresse à un cas isolé de soulèvement, un peu en avance sur
son époque, anticipant des bouleversements collectifs, appelés à
intervenir une poignée d’années plus tard. Django se déroule en effet
deux ans avant la guerre de Sécession, et Foxfire peu avant l’essor du
féminimisme, et plus globalement de tous les mouvements sociaux qui
vont secouer les années 1960. Hasard ou pressentiment ? Serions-nous,
nous aussi, dans le “juste avant” de quelque chose ? Réponse à suivre,
dans les mois qui nous attendent.

Au cinéma, en tout cas, parmi les films
attendus de 2013, le prochain Desplechin, Jimmy Picard, décrivant
les confrontations, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
entre un vétéran indien et un psychanalyste français exilé, pourrait a
priori faire étrangement écho à The Master. De son côté, 12 Years a
Slave
, le prochain film de Steve McQueen (Hunger, Shame), qui racontera
l’histoire vraie d’un Afro-américain, enlevé en 1841 et réduit en
esclavage en Louisiane, pourrait intervenir comme un intéressant
complément à Django et Lincoln. 2013 s’annonce donc homogène,
entêtée, tendue et combattive : bonne année à tous !

Nicolas Marcadé