Rechercher du contenu

Atelier cinéma #11 : Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly (1952) Saison 2

Chantons Sous la Pluie est un des dix films de ma vie. Pendant un temps, c’était un des piliers de l’atelier. Je ne l’avais pas programmé depuis quelques années, pensant mon groupe un peu jeune, mais période de Noël oblige, je décidai de tenter le coup.

Ma présentation couvrit deux axes : la comédie musicale et le passage du muet au parlant. Pour le premier, je leur expliquai que les acteurs allaient chanter et danser pour exprimer leur joie ou leur tristesse, qu’ils allaient voir des numéros de danse qui n’ont rien à envier à certaines scènes de combat (beaucoup connaissent et aiment Jackie Chan) au niveau de la performance corporelle. Se battre ou faire des claquettes n’est qu’affaire de chorégraphie. En ce qui concerne l’axe historique, je me suis référé aux films de Chaplin et Keaton mais ce ne fut pas simple. L’appréhension de ce qui est proche ou éloigné dans le temps est toujours problématique avec ces enfants.

Sans surprise, le film met du temps à s’installer tant les us et coutumes hollywoodiennes et le processus de starification leur sont totalement étrangers. Comme toujours, cela s’enclenche avec la première danse de Gene Kelly et Donald O Connor. Ils ne sont pas captivés, mais les mains s’agitent moins.

Ensuite, les morceaux de bravoure se succèdent avec suffisamment de régularité (les cascades de Don Lockwood, Make’em’Laugh) pour que les scènes dialoguées, au vocabulaire extrêmement complexe et au débit infernal, soient supportées sans trop d’impatience. Il a fallu surtout passer beaucoup de temps à expliquer toutes les péripéties autour de l’avènement du son. Heureusement, les tentatives malheureuses autour de la prise de son les ont fait rire. Esthétiquement, le film leur a donné l’impression d’un dessin animé. Sans doute est-ce dû en partie à l’élasticité des corps, mais essentiellement pour les couleurs éclatantes du film, très contrastées. Pourtant, pour une fois, la majeure partie de nos échanges portait sur la bande-son.

Je crois qu’ils ont pris beaucoup de plaisir devant les numéros de danse. L’un des enfants a regardé la dernière heure du film debout, impossible pour lui de rester assis lorsque la musique éclatait. Ils ont refusé que je saute une séquence que je jugeais relativement ennuyeuse et surtout vieillotte. Même devant les numéros sentimentaux, mes trois machos n’ont pas boudé leur plaisir. Ils ont aussi trouvé Cyd Charisse très belle, elle qui provoquait des vomissements chez mon public, il y a quelques années.

Leur scène préférée fut sans conteste Singin’In The Rain. Cette séquence recueille toujours tous les suffrages. Ils scénarisent la danse, imaginent une histoire. Mais surtout, ils voient un adulte sauter à pieds joints dans des flaques d’eau et patauger sous les gouttières, bêtises qui leur sont interdites par ces mêmes adultes. Cette grâce est inaltérable et se transmet à tous les publics. Le morceau a été bissé en fin de séance.