Rechercher du contenu

À propos de Pierre Perrault L'identité québécoise

Olivier Bouchard a passé toute l’année dernière au comité des Fiches. À peine rentré dans son Québec natal, la Cinémathèque Française consacre une rétrospective à Pierre Perrault, LE cinéaste référence du cinéma québécois. L’occasion était trop bonne de présenter l’auteur par son compatriote et grand fan.

Malgré l’effort médiatique qui souligne constamment l’exportation de nos films à l’étranger, le paysage cinématographique québécois m’apparaît, personnellement, bien morne. Loin de moi l’idée de dire qu’aucun bon film soit produit chez moi, mais force est de constater qu’on ne peut parler d’une identité du cinéma québécois. Il suffit de voir, en regardant les films exportés en France, le succès commercial de Starbuck, et le succès d’estime de Laurence Anyways, pour s’en convaincre. L’un empruntant les formes hollywoodiennes, l’autre étant un calque du cinéma indépendant international. Dans les deux cas, ce qui pourrait être une identité québécoise est reléguée au niveau de caricature destinée à satisfaire un public étranger amusé de voir des indigènes modernes.

Cela n’a pas toujours été ainsi, évidemment. À la fin des années cinquante et, surtout, dans les années 1960, le cinéma québécois, qui prenait alors réellement son essor, était majoritairement composé par des réalisateurs pour qui la question identitaire était au centre de leur œuvre. Parmi ceux-ci se démarque particulièrement Pierre Perrault, dont l’œuvre fait présentement l’objet d’un hommage à la Cinémathèque Française.

S’il se démarque, à mon sens, c’est que le cinéma de Pierre Perrault dépasse la question du “qu’est-ce que l’identité québécoise” pour devenir plutôt créateur de cette identité. Deleuze affirmera, bien mieux que je pourrais le faire, qu’il est « […] producteur de vérité : ce ne sera pas un cinéma de la vérité, mais la vérité du cinéma (1) ». Pour Perrault, il ne suffit pas de représenter l’identité québécoise, mais de la façonner par l’entremise du cinéma.

Pour la suite du monde


Ainsi, dans son premier film, Pour la suite du monde, il se place lui-même et son équipe comme étant les instigateurs du récit qui touchera les gens, sujets de son documentaire. Ce qu’il documente, c’est l’impact réel, culturel, que le récit aura sur la société. Impact qui n’aurait existé sans le film lui-même. C’est un cinéma concrètement engagé et, donc, bien plus que pamphlétaire.

Cela fait presque cinquante ans maintenant que Perrault a réalisé son premier film. L’impact de son cinéma sur la société québécoise a maintenant quelque peu disparu. L’influence, quant à elle, qu’il a eue sur notre cinéma apparait quelquefois, mais trop peu souvent. Cet art, qui pour nous devait être identitaire, n’est aujourd’hui devenu que vernaculaire.

Au moins, les œuvres restent. Si, pour moi, celles de Perrault m’aident à entretenir mon cynisme face à ce qu’est devenue ma propre culture, leur qualité reste indéniable. Pour un public étranger, elles gagnent en valeur parce qu’elles permettent, pour une fois, de voir ce que c’est qu’un réel cinéma québécois. Chose difficile à trouver ces temps-ci.

Olivier Bouchard