Rechercher du contenu

Atelier cinéma #8 : Moonrise Kingdom de Wes Anderson (2012) Saison 2

Découvert lors de sa sortie en mai de cette année, j’avais peu goûté le film. Je lui reprochais ce que je n’aime pas trop chez ce réalisateur, cette préciosité vintage, cette façon de filmer avec le petit doigt relevé. Ces reproches ne sont pas très originaux concernant Wes Anderson. Je lui préférais Fantastic Mr Fox qui avait pas mal interloqué les enfants quand je leur avais présenté. Ils en avaient retenu la plupart des gimmicks. Le temps a passé, mais Moonrise Kingdom restait dans ma tête. En particulier, cette scène magnifique montrant le flirt des enfants sur la plage.

Cette scène m’a donné envie de revoir le film. Le plaisir fut complet. Je voyais plus d’élégance que de préciosité et surtout un regard sur l’enfance qui me paraissait foncièrement honnête et non dénué de blessures intimes. L’envie de le montrer en atelier se confirma alors. J’aimerais plus coller avec l’actualité, permettre à mon groupe d’être synchrone avec les bons films du moment. Le support DVD permet un simple décalage de six mois.

C’est donc avec gourmandise que je proposai ce film. Ma présentation a porté sur l’idée de mise en scène. Je leur ai dit que le « monsieur » qui avait fait le film faisait bouger ou plaçait sa caméra de façon un peu bizarre. J’ai beaucoup de mal à les sensibiliser à la notion de regard cinématographique. J’aimerais tellement que l’expression « film de Tim Burton » ou « film de Wes Anderson » signifie quelque chose pour eux. D’un autre côté, je ne peux pas à la fois prétendre les sensibiliser à une variété d’images et de récits de tous âges et en même temps regretter qu’ils ne puissent détecter chez certains auteurs l’influence du néo-réalisme.

Ce long préambule pour en arriver au fait que la rencontre n’a pas eu lieu. Cela ne veut pas dire que les enfants se soient désintéressés du film. La projection s’est déroulée agréablement, émaillée pourtant de peu de réactions. À la fin du film, j’ai eu beaucoup de mal à savoir si cela leur avait plu ou pas. J’ai cherché les raisons de ce non événement.

Je crois n’être pas encore assez familier avec ce film. Je l’ai présenté quasi simultanément après ma découverte. Je n’en connais pas encore intimement, comme pour les autres films de l’atelier vus entre 15 et 30 fois, le rythme, la succession de ses creux et bosses. Présenter un film que l’on connaît par cœur est indispensable si l’on veut sentir comment ce film agit sur les spectateurs que l’on a réunis.

Je n’ai pas pu les aider à penser le film et à le ressentir. Celui-ci pourtant a semblé frapper les enfants par l’attitude des adultes, tous dépressifs, et surtout la violence des affrontements lorsque les deux fugitifs sont pourchassés par les scouts. Ma scène préférée, évoquée plus haut, a paru recueillir leurs suffrages même si les émotions ressenties devant cette parade amoureuse devaient être contrastés. Ils ont essentiellement goûté certains plans étonnants, plus proches du dessin animé : les échanges électriques entre les deux amoureux, le sauvetage acrobatique au sommet de l’église. Il se vérifie enfin que les enfants s’accommodent plus facilement de l’ellipse que de l’ironie.