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Atelier cinéma #6 & 7 : Cheval de guerre de Steven Spielberg (2012) Saison 2

J’associe souvent la vision de films avec les enfants au parcours d’un chemin ou d’une route qui nous conduit du point A (je vais vous présenter…) au point B (ça vous a plu ?). Parfois, c’est une autoroute, nous filons droit devant dans un espace dégagé ; d’autres fois, c’est une route de montagne sinueuse, avec un important dénivelé et des passages délicats.

Le dernier Spielberg, Cheval de Guerre, s’apparentait plutôt pour moi à un trajet en montagnes russes avec ses montées émotionnelles, ses descentes exaltantes, faisant se succéder nombre de morceaux de bravoure. D’un point de vue à la fois professionnel et cinéphilique, je voulais observer comment les enfants allaient réagir aux moments mélodramatiques, de quelle façon l’émotion affleurerait chez eux. Le film a été vu en deux parties.

Ma présentation a insisté ici plus qu’ailleurs sur la dimension volontaire de la vision du film : « Si c’est trop dur pour vous, vous pouvez quitter la pièce ». Je leur ai aussi assuré que le film se terminait bien. Ça contractualisait pour moi la vision du film : accepter ce voyage éprouvant car il y a un happy end en récompense. Quant au contexte de la Première Guerre, il avait été travaillé en amont en classe.

Les premières scènes sont bien reçues, aidées par la limpidité de la narration. Les enfants sont très attentifs aux séquences de dressage. Le lent apprivoisement de Joey par son jeune maître se voit dans un silence étonnant. Ils suivent ensuite poliment les prouesses de Joey lorsqu’il laboure le champ et son départ pour le Front. Seule la jeune fille du groupe verse quelques larmes lors de la séparation avec le premier maître.

Les choses changent de manière intéressante lors de la première attaque. Il s’agit d’une charge à cheval des soldats anglais qui vont s’empaler contre les mitrailleuses allemandes. Un plan nous montre les cavaliers chargeant au galop, puis le bruit des armes et enfin, la course des chevaux sans leurs cavaliers. Cet enchaînement a déclenché un grand éclat de rire. J’ai d’abord été surpris et même un peu choqué par cette réaction. Mais je me suis vite rendu compte qu’ils avaient effectivement raison de rire car, dégagés du contexte, dans leur stricte succession, ces trois plans peuvent faire rire. C’était un rire sans doute non culturel, impitoyable, mais absolument pas incongru par rapport à ce qui est vu.

Avant d’entamer la deuxième partie du film, les enfants ont su me raconter la première, présentée une semaine plus tôt, dans l’ordre de la narration. Cela me permet d’insister encore une fois sur l’extrême clarté avec laquelle Spielberg raconte son histoire. Cette semaine-ci, les gorges se sont un peu plus serrées. Il était amusant de voir que chaque enfant épiait chez l’autre une larme, vérifiait comment son voisin réagissait aux malheurs de Joey. Chez la jeune fille, les larmes coulèrent de manière ininterrompue jusqu’à la fin.

J’ai eu l’impression que la traversée s’était bien passée. Il est plus difficile d’évaluer l’impact d’un film sur son jeune public lorsqu’il joue plutôt sur le sentimentalisme que sur le rire. Néanmoins, une qualité d’attention, de silence assez rare et un questionnement constant manifestant une envie de ne pas perdre le fil des enjeux dramatiques, m’indiquent que l’exercice fut très profitable.