Rechercher du contenu

Entretien avec HPG À propos des Mouvements du bassin

Figure du porno français (où il est encore actif), HPG développe depuis une dizaine d’années une sorte de feuilleton autobiographique, qui, entamé dans la case X, s’est depuis déporté vers le cinéma traditionnel. Ses films sont un curieux mélange d’introspection et d’exhibition, et le personnage est pareil : narcissique et manipulateur comme personne, et dans le même temps d’une franchise et d’une simplicité ayant aujourd’hui peu d’équivalent.

Les Mouvements du bassin peut être considéré comme votre premier film réellement fictionnel et il ne traite pas vraiment de l’univers du porno. Avez-vous eu plus de facilités pour trouver les financements ? Les financements, comme pour tous mes projets, je les ai obtenus en faisant du porno gonzo sur des banquettes de mauvaise qualité. Je me produis moi-même. Pour Les Mouvements du bassin, c’est une coproduction avec Capricci. Je n’ai reçu aucune aide de l’État. Je ne suis pas en train de gémir, c’est comme ça… Dans la mesure où il y a de moins en moins d’argent, celui qui attend que le CNC ou un autre organisme l’aide, il peut attendre longtemps. Combien coûte un film comme celui-là ? Je ne parle pas argent, c’est ma seule pudeur. Le budget entier doit être comparable au salaire d’une star sur un gros film. Éric Cantona, et mes copains vedettes, ont accepté de travailler pour le minimum légal.

Vous les connaissiez déjà ?
J’avais déjà bossé avec Rachida Brakni, la compagne d’Éric, sur On ne devrait pas exister. Cantona est un sportif, quadragénaire comme moi, qui essaie de faire autre chose que de taper dans la balle, comme j’essaie, moi, de faire autre choses que des galipettes sur une banquette : ça nous a rapprochés. On a un peu le même profil, comme avec Jérôme Le Banner.

Cantona et Le Banner sont deux symboles de “virilité”.
Oui, ce sont de grands enfants dans des corps de brutes. Des mecs simples, qui fonctionnent à l’instinct. S’ils aiment
bien celui qui leur propose le projet, ils le font. Et puis je pense que ça leur fait du bien de bosser avec quelqu’un comme moi. Je leur rappelais peut-être une partie de leur enfance avec mes films, et ma manière d’être… Moi je bosse avant tout avec les gens que j’admire. Le foot, ça ne m’intéresse absolument pas. Je crois que je n’ai jamais vu un match avec Cantona. C’est la personne qui m’intéresse. C’était un des mecs les moins chiants du tournage, avec Le Banner. Ils n’avaient rien à prouver face à moi, parce qu’ils l’avaient déjà prouvé ailleurs. À côté de ça, il y avait une tripotée de connards qui m’emmerdaient. Des jeunes mecs qui voulaient faire du cinéma, qui avaient plein de choses à se prouver, et qui ne me supportaient pas. J’avais un premier assistant : le mec ne s’est jamais drogué, n’a jamais bu, jamais été voir de putes ni regardé de film porno… on n’a pas le même humour ! Moi, je ne cherche pas à m’extraire de moi-même, ni à être quelqu’un d’autre : je cherche à travailler, avec sincérité, sur mes angoisses et mes joies. C’est pour ça que je me suis engueulé avec l’équipe, parce qu’ils avaient une réflexion sur le cinéma différente de la mienne. Ils me disaient que je ne pouvais pas insulter le cinéma. Mais comment est-ce qu’on peut “insulter le cinéma” ? Le 7e art c’est bien mais on peut faire ce qu’on veut avec…

Comment se concilient votre carrière dans le X et votre carrière dans le cinéma “traditionnel” ?
Traditionnel ou pas, il n’y a pas de différence fondamentale dans ma manière de travailler. Dans le traditionnel, j’ai couché avec beaucoup moins d’actrices, c’est la seule différence que je vois. Pour le reste, ma méthode est la même : être concentré et faire le mieux possible avec peu de moyens.

Dans vos films traditionnels, on retrouve toujours une “touche porno”, dans les cadrages, les mouvements de caméra, le montage cut…
Je ne sais faire que ça… Je fais du traditionnel à la manière d’un réalisateur porno, c’est ce qui fait ma personnalité. Je n’ai pas été à la FEMIS : j’ai fait du porno. Et c’est quand même un métier fascinant. Ce serait dommage de ne pas se servir de ces 25 années passées dans le porno, de ne pas embarquer tout ce tragi-comique dans le traditionnel ! Après, ce qui compte, c’est l’histoire. Je ne suis pas chef op’, je sais à peine ce qu’est un champ/contre-champ, donc si je m’embarque dans quelque chose de très technique, je vais me faire dépasser par mon équipe, et c’est bien normal. Il faut donc que je reste modeste. Ne sachant pas utiliser la technique, je ne dois pas l’utiliser. Sinon, je vais perdre du temps à faire un mouvement de caméra plutôt qu’à faire bosser les comédiens. C’est pour ça que j’aime bien le cinéma des autres : parce que je vois des choses que je ne peux pas faire. J’aime bien les grands films super bien réalisés, mais je suis incapable d’en faire.

Est-ce qu’en bon commercial que vous êtes, vous vous construisez volontairement une image un peu sulfureuse, mais avec une caution arty ? Par exemple, Raphaël Siboni, qui a monté Il n’y a pas de rapport sexuel (sorti en janvier), est un vidéaste déjà exposé à Beaubourg…
Pour Raphaël, c’était un choix de Capricci. Je ne le connaissais pas. Dans la vie privée, il est à l’opposé de moi. En plus, certains de ses précédents films m’avaient plutôt emmerdé. Ça ne nous serait pas venu à l’idée de travailler ensemble, et c’est ça qui était amusant. Le règle du jeu c’était : tu fais ce que tu veux, je n’ai aucun droit de regard. Et le résultat est, je trouve, très réussi. Je suis très content du film qu’il a fait.

Pouvez-vous imaginer un jour mettre en scène autre chose que votre propre personnage ?
Je ne mets pas de distance entre vie privée et vie publique. Je n’ai pas grand-chose à cacher. Les personnages de mes
films sont une extension de moi, indéniablement. D’ailleurs je ne suis pas très bon comédien, donc j’y suis obligé. Mais mon prochain film, ce sera le Taxi Driver des films de cul. C’est ambitieux, mais il faut avoir des ambitions, ou du moins des références. Ça parlera donc encore du porno, mais ce sera un prétexte. Et ça traitera surtout de la paternité. J’ai envie de quitter ma fascination du porno par ce film. Après je passerai à autre chose. J’aimerais bien
faire une histoire policière, ça m’amuserait.

Vous voyez la suite de votre carrière comme une alternance entre porno et traditionnel ?
Moi, mon but dans la vie, c’est d’être heureux. Après, ça passe par le cinéma, c’est-à-dire par un travail sur moi : je pars de moi et, par extension, j’essaie d’aller vers une certaine folie. J’essaie de me perdre et de me retrouver sur le tournage. Le cinéma, c’est un métier qui te permet de divaguer tout en étant parfois admiré. Ça te permet de passer pour une grosse merde – ce que tu es – et de faire ta psychanalyse devant tout le monde et qu’on te dise que tu es courageux ! Ce serait bête de ne pas utiliser cette forme d’expression…

Dans vos films, votre corps est omniprésent et souvent mis à l’épreuve. Vous êtes toujours torse nu, vous faites des acrobaties… Dans Les Mouvements du bassin, on vous voit sauter d’une table de pique-nique à l’autre, vous pendre comme un singe à des étagères…
Je suis le Belmondo du X !

On a même l’impression que vous voulez vous faire du mal. Vous vous mettez toujours en scène comme quelqu’un qui ne s’aime pas et que les gens vont repousser.
Ça, c’est une technique de drague. Je suis un mec sûr de moi, donc je peux me permettre d’afficher mes faiblesses. Je n’ai pas grand-chose à prouver aux autres. Je préfère travailler sur mes faiblesses que développer une pseudo-force. J’aime en prendre plein la gueule. Je dois avoir un reste d’éducation judéo-chrétienne qui n’assume pas la vie que j’ai. Et puis, c’est plus valorisant pour moi de parler de ce qui me fait peur. Si je devais jouer un flic, je préférerais jouer un mec qui doute plutôt qu’un type du genre de Charles Bronson.

Dans vos films, comme dans cette interview, on sent une alternance constante entre HPG, le hardeur plein de confiance, et Hervé, l’homme plein de doutes… Vous êtes très difficile à cerner !
Oui, mais en même temps ce n’est pas dans une interview que je vais dire ce que je pense. Je fais justement de la fiction, je ne vais pas livrer mon intimité. Je ne pense pas que ce soit vraiment intéressant pour les autres de savoir ce que je pense… moi-même, des fois, je m’en fous, donc tu vois… Un jour, un critique du Monde m’a expliqué mon film On ne devrait pas exister. On aurait dit une psychanalyse. Je me suis aperçu qu’en certains points il avait raison. Certaines démarches journalistiques, quand elles sont justifiées, te permettent de comprendre enfin pourquoi tu a fait telle ou telle chose. En voyant les erreurs et ce qui a plu aux gens, je comprendrai certaines choses, qui m’aideront à m’améliorer pour le prochain film. Mais il ne faut pas trop être dans l’analyse…

Propos recueillis par François Barge-Prieur et Julien Englebert