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Atelier cinéma #5 : Rivière sans retour de Otto Preminger (1954) Saison 2

Après la séance calamiteuse de la semaine précédente, j’ai cherché à comprendre ce qui n’avait pas marché. Au-delà de leurs troubles, qu’est-ce qui avait pu les agiter durant tout le film ? J’ai réfléchi… Et j’ai trouvé. Pensant être plus proche, j’avais changé de place en m’asseyant à côté des spectateurs. Je me rends compte maintenant que c’était une erreur et j’ai vite réintégré ma place habituelle, sur le côté, juste entre l’écran et eux. La place du passeur en quelque sorte.

Ayant toujours la séance précédente en tête, j’ai mis pas mal de temps à choisir le film pour cette séance. Je ne voulais pas jouer la facilité en proposant une œuvre familière qui aurait mis mon public dans ma poche. J’ai donc élu Rivière sans Retour, peu diffusé en atelier. Un film d’aventures avec des personnages consistants.

Ma présentation insiste sur l’idée que le film va nous montrer une famille en train de se constituer. Je leur conseille d’être attentifs aux informations livrées tout le long du film, concernant la biographie des personnages. Enfin, je présente Marilyn Monroe : c’était une actrice très célèbre, qui savait aussi chanter et qui est morte jeune parce qu’elle était trop fragile.

Ma première surprise est de m’apercevoir que la beauté de Marilyn ne laisse personne indifférent. En général, les actrices des années 50 leur font pousser des cris de dégoût. Je craignais aussi que les (belles) chansons du film les ennuient, mais il n’en fût rien.

Matt Calder vient récupérer son fils, qui ne le connaît pas, dans un village de mineurs afin qu’ils vivent ensemble dans les montagnes. La mère est morte à la naissance de l’enfant. La rencontre entre le père et le fils est scrutée avec attention, dans un grand silence. L’apprentissage du tir au fusil, du labour, la relation distancée ; tout ceci est observé avec un vrai intérêt.

Lorsque l’ami de Kay (Marilyn) se bat avec Matt avant de l’assommer et de voler son cheval, les enfants remarquent que la bagarre se déroule très calmement. Attaqués par les Indiens, Kay, Matt et son fils doivent utiliser un radeau pour descendre une rivière dangereuse. Au cours d’une des attaques, un enfant s’exclamera : « ils ne sont vraiment pas doués, les Indiens ! ». Pendant un bivouac, Matt et Kay utilisent la même tasse, signe incontestable selon la jeune fille du groupe, qu’ils vont s’aimer d’ici la fin du film.

C’est au moment de la confrontation finale que j’aurai la confirmation du plaisir pris à voir ce film. On a appris, un peu plus tôt, que Matt fût incarcéré, après avoir tué un homme dans le dos, afin de sauver un ami. Plus tard, le fils de Matt doit sauver son père en tirant à son tour dans le dos de l’agresseur. Cette scène impressionne beaucoup les enfants et les conduit à reconsidérer toutes les informations dispensées plus tôt. À très juste titre, un enfant remarque le premier « câlin » entre père et fils, juste après la mort du méchant. Maintenant, ils sont pareils.

La dernière chanson de Marilyn, « River of No Return », murmurée tristement, donne lieu à un très beau délire d’interprétation : c’est parce qu’elle est seule qu’elle est triste. Et comme elle est triste, elle va mourir très jeune.

Le lendemain de la séance, un enfant me demande s’il existe une suite au film. Lorsque j’essaie de comprendre ce qu’il aimerait trouver dans cette suite, il me dit qu’il voudrait savoir comment le petit garçon va pouvoir apprendre à lire et à écrire en vivant dans une cabane perdue au milieu des bois.