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Atelier cinéma #4 : Dr Jerry et M. Love de Jerry Lewis (1963) Saison 2

Il y a des jours, on a beau faire, ça ne marche pas. Une semaine plus tôt, j’avais dû annuler la séance tant certains des enfants étaient peu disponibles pour se « poser » devant un film. J’ai choisi celui-ci en pensant que les grimaces de Lewis, le burlesque et le fantastique seraient en mesure de retenir leur attention. Le comique agressif du film pourrait être au diapason de leur état psychique du moment.

Ma présentation a porté sur le mythe de Dr Jekyll & M. Hyde, qu’ils ne connaissaient pas, bien sûr. J’ai lourdement insisté sur la gentillesse du laid Pr. Kelp et l’arrogance désagréable du flamboyant Buddy Love, tous deux interprétés par J. Lewis.

La première partie du film est vue sans trop d’agitation et avec une relative bienveillance. Les enfants ont surtout ri lors des tentatives de musculation du Pr Kelp. Ensuite l’impressionnante scène de métamorphose (impressionnante pour moi, enfant, cauchemars à l’appui) passe, sans trop de commentaires. Mais le beau plan en caméra subjective qui suit les déstabilise un peu plus franchement, jusqu’à l’apparition de M. Love. À ce moment, comme d’habitude, les enfants trouvent J. Lewis-Love pas beau du tout. Et c’est à partir de là que j’ai eu du mal à contrôler mon public.

D’abord, j’ai constaté une agitation plus marquée que d’habitude. Les enfants bougeaient beaucoup, changeaient de posture, se retrouvaient la tête en bas. L’un d’entre eux s’est imaginé qu’un de ses camarades en avait après lui. Réactions en chaîne, débuts de conflits, séparations, exclusions, réintégrations, etc.

Pendant ce temps, le film avançait, mais il avait perdu une partie de son audience. La jeune fille du groupe est restée attentive et a su voir l’attitude désagréable de M. Love. Elle a aussi finement repéré l’ambiguïté de Stella, jeune femme à la fois fascinée et agacée par le personnage.

En sortant de la séance, j’en voulais beaucoup à Jerry Lewis. Je lui reprochais de n’avoir pas su « tenir » mon groupe, de s’être montré trop bavard. J’étais très fâché contre la VF, transportant les mots français de son époque, totalement étrangers au vocabulaire de mon public, bien loin du côté tranchant de la VO. Enfin, il y a un côté Rat Pack, un peu voyou et graisseux (comme les tonnes de brillantine qu’il y a dans ses cheveux) chez Lewis-Love qui tenait les enfants à distance.

Il faut être deux pour réussir une séance d’atelier Cinéma : un animateur et un film. Ici, l’animateur s’est senti trahi par ce film qui lui est cher. Pendant que je tentais d’orienter leur regard vers les images plutôt que vers leurs camarades, le film semblait indifférent à la situation, déroulant son programme sans trop se soucier de capter une attention de plus en plus lâche.

Tout cela ne veut pas dire que le film est condamné à échouer devant un jeune public. Tout ceci ressort d’une alchimie un peu complexe qui fait qu’un film marche ou pas, ce jour-là, devant ces enfants-là. Cette fois-ci, trop peu d’ingrédients étaient réunis pour que ça fonctionne.