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Atelier cinéma #3 : La Croisière du Navigator de Buster Keaton (1924) Saison 2

Première rencontre de l’année avec le burlesque et le muet. Les enfants de l’institution sont maintenant habitués aux films de Chaplin. Keaton appartient plutôt à l’atelier Cinéma et a une réputation bien moindre. Néanmoins, je n’ai plus à combattre leurs préventions contre le Noir & Blanc et l’ancienneté des films.

Le film a un début très dense et je sens tout de suite que les enfants comprennent mal l’ironie des cartons de présentation. Les péripéties et quiproquos qui vont amener les deux personnages à se retrouver seuls sur un paquebot semblent leur échapper. Je dois me livrer à une véritable explication de « texte », situation après situation, pour qu’ils ne soient pas trop perdus.

Dès le réveil des deux héros dans le navire abandonné, l’accroche se fait. Rollo et Betsy pensent respectivement qu’ils sont seuls sur le bateau et circulent un long moment de la proue à la poupe sans jamais se croiser. Le spectateur, de sa place, assiste à ces rencontres manquées. Les enfants s’amusent beaucoup de la situation. Cela ne se traduit pas par des rires mais par une interrogation admirative : comment arrivent-ils à ne pas se trouver ?

Les tentatives de vie commune dans le bateau sont appréciées mais ne déclenchent pas de rires manifestes sauf lors des nombreuses chutes et culbutes de Keaton. Il me semble pourtant qu’il s’agit moins là d’une incompréhension ou d’une indifférence aux péripéties que d’une progressive familiarisation avec les codes du cinéma muet. En effet, à partir de l’arrivée près de l’île, le récit est bien compris. J’entends plus de commentaires que de questions.

Il y a d’abord la longue séquence du scaphandre enfilé avec difficulté par Rollo qui déclenche des rires ponctuels. Puis, son immersion et sa tentative de réparer l’avarie est perçue avec beaucoup de finesse même lorsque Keaton pousse les gags dans des contrées surréalistes en se battant à l’épée avec un espadon ou en se lavant les mains dans un seau qu’il prend soin de vider par la suite avant de commencer la réparation.

Interviennent alors les sauvages. Je ne connais pas de films de Keaton où il n’y a pas de gag raciste. Un clin d’œil moqueur sur un couple de jeunes noirs avait déjà été aperçu au début du film. Là, les habitants d’une île perdue dans l’océan sont montrés comme de véritables sauvages, cannibales et sanguinaires, à tel point que même les enfants s’en rendent compte et que l’un d’eux évoque « la différence des races ». Heureusement, les scènes de la bataille finale sont moins marquées par cette vision assez dérangeante. Il m’a manqué du temps pour revenir sur ce fait. J’aurais aimé les faire parler de ce qui a pu les gêner dans ce regard sur l’Autre.

Le film ne dure pas plus d’une heure. C’est pourtant la première séance de l’année ou certains enfants ont marqué de l’impatience et ont demandé si c’était bientôt fini. Ils n’ont finalement pas trop rechigné pour voir en fin d’atelier un court métrage bonus du même Keaton : The Boat.