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Atelier cinéma #2 : Tomboy de Céline Sciamma (2011) Saison 2

Je n’étais pas très sûr de moi sur ce coup-là. L’atelier vient de reprendre, les enfants n’ont pas encore cette disponibilité, qui vient peu à peu, au fur et à mesure qu’ils appréhendent les innombrables incarnations du récit cinématographique, à accueillir cet objet singulier. Tomboy est un film rare dans la mesure où il traite d’un sujet véritablement grave pour les enfants de 8-10 ans, la question de l’identification sexuelle. Le traitement incroyablement juste et fin de Céline Sciamma ne sous-estime à aucun moment cette gravité. J’étais donc très impatient de partager cette expérience avec eux. Impatient, mais prudent.

Souvent, j’ai noté que les scènes sentimentales étaient plus fortement ressenties par les enfants que celles qui sont plutôt du côté de la violence. Un baiser, une allusion grivoise et les corps s’agitent sur le canapé, des rires nerveux se font entendre. J’ai eu le sentiment qu’il valait mieux que je ne m’interpose pas trop entre eux et le film, d’en rester plutôt à un simple statut d’intermédiaire. Ma présentation se résuma à un pitch du film (« c’est l’histoire d’une petite fille qui se fait passer pour un garçon ») et à une question : c’est quoi être un garçon, c’est quoi être une fille ? Autrement dit, j’avais envie de quitter la pièce pour les laisser tranquilles, eux et le film.

Malheureusement, ce n’est pas possible et j’avais trop envie d’y être. Dès la première scène, lorsque Laure tient le volant de la voiture, aidée de son père, le courant s’établit entre le film et les enfants. Cette scène, comme beaucoup d’autres, est immédiatement transposable dans leur propre expérience, soit comme acte vécu, soit comme acte rêvé.

Les commentaires, les questions autour d’éléments de compréhension ont été exceptionnellement rares durant cette séance. Le suspense fort autour de l’éventuelle découverte de la supercherie de Laure est totalement ressenti par les enfants. Le sommet en est la scène de baignade. Les préparatifs sont attentivement suivis (le découpage du maillot, la fabrication d’un sexe masculin en pâte à modeler) sans qu’aucune réflexion graveleuse ne fuse. Seule la scène du baiser entre Laure/Michaël et Lisa, est vécue par les enfants avec un certain malaise. Sans doute parce qu’elle donne du poids à l’acte de dissimulation de Laure, le déplaçant vers la transgression.

Les temps de jeux entre Laure et sa petite sœur, moments totalement relâchés au niveau dramatique sont vus avec la même attention. D’ailleurs, j’ai été étonné qu’aucun ne me demande pourquoi cette petite sœur, lorsqu’elle découvre le secret de Laure, devient complice et s’approprie cette fiction. C’est difficile à confesser, mais j’ai eu l’impression que les enfants se sont mis au diapason de l’intelligence sensible du film.

Cela faisait longtemps qu’une séance d’atelier n’avait pas été aussi calme. À la question désormais rituelle de l’image à garder du film, j’ai trouvé intéressant que deux garçons citent la bagarre entre Laure et le gamin qui a poussé sa petite sœur, et le jeu de confrontation physique lors de la baignade. Le troisième a retenu la scène du baiser. Quant à la seule fille du groupe, elle a choisi le plan presque final du film, lorsque Lisa et Laure sont côte à côte, deux filles ensemble.