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Outsiders

Au sommaire de ce numéro, on retrouve quelques signatures majeures, comme Resnais et Kiarostami. Chez nous leurs films font débat et ce pourrait être intéressant. Mais au fond pas tant que ça. Car ce sont toujours des débats en mode mineur. D’un côté comme de l’autre, personne n’aura très envie de déployer une énergie excessive pour défendre ou descendre Vous n’avez encore rien vu ou Like Someone in Love. Exercices de style d’un raffinement exquis, dans lesquels chacun des cinéastes (auxquels on pourrait sans problème ajouter Ozon) récapitule sa carrière en jonglant avec ses motifs fétiches comme avec des torches enflammées, nous les voyons au bout du compte à peu près tous pareil : comme des verres que l’on peut simplement être enclin à voir comme à moitié vides ou comme à moitié pleins. Mais des verres assurément peu chargés en alcool.

Par un heureux hasard, il se trouve qu’à côté des grands maîtres, faisant ce mois-ci figure de notables (on verra avec Haneke, dès la prochaine fois, que ce n’est pas toujours le cas), on trouve quelques auteurs plus discrets ou ingrats, peu connus ou mal reconnus, qui méritent de capter la lumière. Et il se trouve qu’en fouillant dans cette direction, on tombe sur des flacons austères, de discrètes mignonettes ou des bouteilles à emballage cheap, abritant cette fois des liqueurs bien chargées en degrés, aptes à faire voyager. Ce sont donc plutôt ces films et ces auteurs-là qui sont en couverture et en entretiens dans ce numéro. Au premier rang : HPG, Whit Stillman, Jaime Rosales. Voilà trois personnalités faciles à minimiser et enfermer dans un stéréotype crétin : le clown trash ingérable, l’indé américain qui a lu des livres, le formaliste espagnol qui se caresse la barbe. Mais c’est pour ça qu’aller découvrir, en s’approchant, que chacun est davantage que cela est bien plus excitant que d’aller constater que Resnais sera toujours Resnais et que le dernier Kiarostami est follement kiarostamien. Mais il est évident qu’attirer votre attention sur Damsels in Distress ou Rêve et silence, c’est vous inciter à prendre un risque. Il ne s’agit pas de parler de chef d’œuvre, juste de signaler un endroit où il y a quelque chose à prendre. Ensuite, votre plaisir n’est pas garanti. Ce sera sans doute une question de moment et de disponibilité. Ce sera une question de rythme à attraper, de train à prendre ou à rater. Si vous vous risquez sur ces quais-là, si vous parvenez à monter dans le train, vous pourrez vraiment espérer voyager loin et être grisé par le roulis du véhicule. En revanche si vous ne trouvez pas la porte et restez sur le quai, il faut le savoir, vous mourrez probablement d’ennui. C’est un risque à prendre…

Une dernière chose : si vous allez vous promener sur notre site Internet, vous rencontrerez un autre bel outsider : il s’appelle Davy Chou, nous l’avons rencontré à La Rochelle cet été, son film Le Sommeil d’or (qui a eu le privilège rare de faire l’unanimité au sein de notre rédaction) vient de sortir dans deux salles parisiennes et autant pour tout le reste de la France. Vous ferez alors une belle rencontre, et vous comprendrez forcément qu’il est important d’aller faire masse dans les salles pour empêcher ce film précieux de s’en envoler.