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La douce-amertume ou la cinéphilie à la française

Je voulais écrire une chronique douce-amère comme ces comédies douces-amères au cinéma qui vous font rire un moment avant de vous faire brailler parce que vous comprenez alors que le film a hypocritement décidé de ne plus être drôle jusqu’à sa fin. Je voulais, en revanche, ne pas être hypocrite comme ces films et j’ai donc décidé de m’afficher d’emblée, mais je comprends maintenant que les choses sont plus difficiles à prendre avec humour quand on vous annonce dès le début que ce ne sera pas drôle sur toute la durée. Alors, finalement, j’ai décidé de faire une chronique simplement douce et de laisser l’amer de côté, comme si la douceur était drôle, parce que je suis un type drôle.

Pourquoi ces intentions déprimantes ? C’est que je viens de quitter la France pour retourner à mon froid Québec natal, à Montréal. Pour un cinéphile, c’est quelque chose de très difficile. Voyez-vous, Montréal a beau être le centre culturel du Canada, niveau cinéma, relativement à Paris, ça fait pitié. Ce n’est pas qu’il n’y a rien à ici – nous avons notamment une cinémathèque qui risque de mourir à chaque année avant d’être sauvée in extremis et deux cinémas indépendants avec de moins en moins de salles – tandis qu’il y en a tellement pour le cinéphile à Paris.

Je n’ai pas à expliquer la majorité des commodités cinématographiques dont les Français jouissent – dont une cinémathèque à la programmation exhaustive et des tonnes de petits cinémas indépendants – mais il y en a une qui m’a particulièrement surpris lorsque je suis arrivé à Paris, un an plus tôt : c’est la politique de l’auteur. Que nous y adhérions ou non, il faut savoir que la lettre d’amour de Truffaut à Becker a une influence remarquable sur votre façon de voir le cinéma et j’étais incroyablement impressionné de lire dans des magazines généralistes ou des journaux « le nouveau film de […] » au lieu de « le nouveau film avec […] ».

C’est qu’ici nous ne sommes souvent qu’une pâle copie (avec un accent bizarre) de la culture cinématographique des grands Américains. À en croire les récits de leurs propres films – et ici on enseigne l’histoire du cinéma avec Singin’ in the Rain, parce que c’est toujours moins nul que de l’enseigner avec des bouquins – ce sont les acteurs qui ont tout le mérite de la création d’un film (ou de n’importe quel spectacle, à en croire 42nd Street, vous-ai je déjà dit que ma vision des choses n’est composée que de comédies musicales ?).

C’est donc rempli d’une douce-amertume – je respecte mon thème, ici, amertume incluse – que je quitte la France, parce que c’est ici le pays qui m’a permis de vivre Cannes, qui m’a permis de voir des films de Resnais, Godard, Fellini, Cassavetes, Cimino, Carax, etc. en salle et non sur un écran de télévision, qui m’a permis de découvrir des films qui ne seront même pas distribués ici, et qui m’a permis de voir tous les films disponibles en version originale (non, à Montréal, ce n’est pas possible).

Ce que je voulais vraiment dire, au final, c’est que vous êtes les cinéphiles les plus chanceux que je connaisse.

Sur ce, je vais voir The Expendables 2. Vous savez, le film avec Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, Jean-Claude Van Damme, Jason Statham, Jet Li, Dolph Lundgren et Chuck Norris.

Olivier Bouchard