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Schizophrenia de Gerald Kargl Sortie DVD

Du sang à la Une

Un curieux objet vient secouer l’apathie estivale, offrant une alternative bienvenue aux habituels blockbusters sur les écrans. Il s’agit d’un film inédit de 1983, sorti directement en DVD : Schizophrenia, réalisé par Gerald Kargl, cinéaste autrichien, dont ce film est le principal fait d’armes. Kargl propose une plongée dans la psyché d’un tueur psychopathe en action, le tout traité sans souci perceptible de retenue dans la description des crimes. Gaspar Noé reconnaît avoir beaucoup puisé dans le langage esthétique de ce film pour son propre Seul contre tous.

Rendons justice au titre original, Angst, (la peur, l’angoisse), bien plus juste car on ne trouve nulle trace de schizophrénie dans les comportements du tueur. Le cinéma a toujours eu un usage publicitaire des termes psychiatriques pour décrire des comportements criminels : Psychose, Pulsions et Schizophrenia ne désignent pas uniquement la pathologie de prédateurs sadiques, mais, semble-t-il, cela donne un cachet d’authenticité scientifique à l’exposition de la violence.

À peine sorti de prison pour meurtre, un tueur se met immédiatement en quête de victimes pour assouvir ses pulsions homicides. Il choisira une vieille femme, sa fille et son fils handicapé et les trucidera avec opiniâtreté. La forme privilégiée par le réalisateur pour rendre la vision de son film soutenable est, de loin, ce que Schizophrenia a de plus intéressant à nous proposer. Au niveau de l’image et donc du regard, la caméra filme son personnage en plongée, très souvent depuis une grue, réduisant le tueur à un insecte furieux, dont on observe les agissements à distance. À d’autres moments, la caméra est fixée très près du personnage, comme s’il était vu d’un microscope, isolé de l’environnement.

Parallèlement, le discours du tueur nous est intégralement restitué en voix-off. Il s’agit moins d’un monologue délirant, que d’un exposé froid et factuel de ses sinistres projets. Le film est prenant dans sa façon de mêler ces deux partis pris (visuels et sonores), ménageant ainsi au spectateur une place très particulière, schizophrénique pour le coup. D’une certaine façon, celui-ci se retrouve écartelé : à la fois mis à distance de l’action par l’image et plongé dedans par le son. C’est une solution esthétique efficace au problème de la prise en otage du regard. Le film échappe avec force à l’accusation d’obscénité et de complaisance vis-à-vis du sujet traité.

On peut aussi porter à son crédit une volonté de ne jamais magnifier le tueur, malingre, esclave de ses pulsions, peinant à garder le contrôle. Le film n’épargne rien des ahanements consécutifs aux déplacements pénibles des corps inertes. Tuer a l’air très fatigant. La violence ici dépeinte est plutôt d’ordre sexuel que criminel et c’est un tour de force que de pouvoir l’exposer sans esthétisation ni pornographie. Le film s’inscrit ainsi dans la longue lignée des portraits embarqués de tueurs en série. Voir ce film n’est pas une partie de plaisir, mais ses partis pris font plaisir. Vous êtes prévenus.


Schizophrenia de Gerald Kargl

Avec : Erwin Leder, Silvia Rabenreither, Edith Rosset, Rudolf Götz
Autriche, 1983
Durée : 79 minutes
sortie France DVD : 4 juillet 2012
Langues : allemand – Sous-titres : Français
Nombre de disques : 1
Editeur : Carlotta Films