Rechercher du contenu

Atelier cinéma #17 : Batman, le défi de Tim Burton (1992) Saison 1

Le choix du film de cette séance s’inscrit dans une démarche de sensibilisation à l’univers de Tim Burton. En effet, un groupe d’enfants de l’institution dont certains de l’atelier Cinéma, visitera l’exposition consacrée au réalisateur par la Cinémathèque à Paris. Comment les préparer à cette visite ? J’ai fait le choix de leur livrer un large panel d’images issues de ses films en leur diffusant des extraits ou des œuvres en intégralité comme le Batman de cette séance. Ce dispositif s’accompagne d’un autre axe où, par le biais de films pédagogiques, je tente de leur expliquer qu’une création, en l’occurrence un film, ne vient pas de nulle part. Il y a des films qui ont fait rêver Burton et ce dernier l’exprime pleinement dans la plupart de ses propres œuvres. J’ai par exemple réalisé un montage parallèle entre Frankenweenie et Frankenstein pour que les enfants en considèrent les similitudes, variations et échos d’un film à l’autre. J’ai procédé de même avec Ed Wood de Burton et Plan 9 d’Ed Wood.

Je crois apprécier surtout ce Batman pour son époustouflante scène d’ouverture muette où des parents décident de balancer leur rejeton monstrueux dans la rivière et pour cette présence déraisonnable de décors gigantesques et baroques. Mais c’est aussi un film extrêmement boursouflé à cause de surcharges de toutes sortes : quatre personnages se partagent le rôle principal, la musique est tonitruante et l’intrigue passablement embrouillée. Bref, c’est un film très fatigant à regarder. J’ai décidé de le leur montrer en deux parties et de limiter mes interventions en renonçant à leur expliquer ou éclaircir les points obscurs de la trame narrative.

Le personnage principal paraissant être Batman, les enfants se sont plongés dans le film avec plaisir, mais j’ai vite senti qu’ils étaient décontenancés par ce folklore très particulier. Avant de voir la deuxième partie, certains m’ont dit connaître Batman par le biais des regrettables Batman Forever et Batman & Robin. Tous connaissaient The Dark Knight.

Catwoman a retenu toute l’attention de mon groupe de garçons. C’est le personnage pour lequel ils m’ont posé le plus de questions. Celles concernant Le Pingouin relevaient plutôt de l’organique : pourquoi bave-t-il une substance bleue ? Si ses parents étaient normaux, pourquoi est-il ainsi ?

À la fin de la deuxième partie, j’ai voulu faire un peu d’analyse filmique. Je leur ai d’abord demandé qui leur paraissait-il être le méchant du film. En tâtonnant, nous avons élu Max Shreck (Christopher Walken) parce qu’il est le seul à ne pas porter de masque. Ensuite, nous avons suivi la piste du canard. Ce canard en plastique est une trouvaille visuelle géniale de Burton. Lorsqu’il fait plusieurs mètres d’envergure, le Pingouin s’en sert comme bateau pour naviguer dans les égouts de Gotham. J’invite alors les enfants à revoir la scène d’ouverture. Ils découvrent une réplique miniature du canard en question qui se balance devant le parc/cage du bébé Pingouin. De l’usage de l’objet transitionnel par les psychopathes…

Catwoman, enfin. Nous avons étudié les deux scènes jumelles où Selina Kyles, future Catwoman, entre dans son appartement. La première scène nous permet de comprendre sa vie solitaire. La seconde, juste après sa chute qui la transforme en Catwoman, nous la montre métamorphosée, en train de détruire son studio. Je leur livre une indication qui semble beaucoup les troubler : il y a une inscription en anglais dans l’appartement de Selina qui signifie « Bonjour à tous ! » (Hello There). Après la mise à sac des lieux, l’inscription abîmée devient « L’enfer est ici » (Hell here). Les enfants se sont alors mis à scruter très attentivement les deux séquences à la recherche d’autres clefs. Nous avons suivi par exemple pendant un moment la piste mystérieuse du S (Selina ?) qui apparaît sur une des lampes mais aussi sur une bouteille de lait, avant d’abandonner. Cette piste ne menait nulle part.

Pour finir, il m’a été très difficile de leur faire comprendre que si Catwoman résistait aux balles de revolver, c’est parce qu’elle disposait de neuf vies.