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Titanic : The 3D of Life

Tout a été dit (ou presque) sur Titanic, le film de tous les superlatifs et de tous les records. Les fans savent tout du tournage dantesque, qui aura coûté plus que la construction du vrai paquebot, de la sortie presque ordinaire du film et de l’engouement quasi miraculeux qui a suivi. En France, le phénomène a démarré en janvier 1998, il y a quatorze ans… Dans l’intervalle, le maestro James Cameron n’a signé qu’un seul autre film : Avatar, sorti en 2009 et devenu un autre phénomène. Là où, à la fin des années 1990, un naufrage avait couronné Cameron roi du monde, c’est une guerre extraterrestre qui fait de lui le maître incontesté de la technologie à l’aube des années 2010.

En un seul film-événement, le cinéaste impose la 3D comme le nouvel élément indissociable des films à grand spectacle dont raffole Hollywood. Or, le succès d’Avatar est tel qu’il attise les convoitises : l’ère de la 3D à tout va, entre conversions honteuses et utilisations anecdotiques, peut commencer. Avec cette conversion 3D de son Titanic culte, Cameron cède-t-il à un effet de mode ?

Ce serait oublier un peu vite que Cameron, en grand passionné de haute technologie, s’était frotté à la 3D dès 1996, avec le court métrage T2 3-D (destiné au parc d’attraction Universal) puis avec les documentaires Les Fantômes du Titanic (2003) et Aliens of the Deep (2005). Avatar n’était pas un coup d’essai, et Titanic vient le souligner brillamment. Loin des conversions hâtives faites en dépit du bon sens pour des blockbusters récents (Le Choc des Titans, pour ne pas le citer), Titanic bénéficie d’un traitement royal : pendant 60 semaines, ce sont 300 techniciens qui se sont affairés pour donner du relief au chef-d’œuvre de Cameron. La facture est lourde : 18 millions de dollars… Mais le résultat est là : Titanic a des allures de blockbuster de 2012, avec sa photo étincelante et ses effets spéciaux au-dessus du lot. Jamais agressifs, les effets de relief jouent avec intelligence de la profondeur de champ, et exploitent aussi bien les décors luxuriants du Titanic que le vide inquiétant de l’océan. Avant beaucoup d’autres de ses confrères, Cameron a compris que la 3D est un outil de mise en scène, qui doit accompagner et envelopper le spectateur ; en aucun cas perturber son expérience du film. Ici, l’application du relief n’est donc jamais excessive (certains plans sont globalement “plats”, à l’exception de quelques détails), et réussit pourtant à mettre en valeur aussi bien les séquences les plus mémorables (la poupe du Titanic à la verticale) que les scènes plus intimistes – qui eut cru qu’on s’émerveillerait des cheveux de Kate Winslet en 3D ?

Cameron a donc trouvé le temps d’offrir une seconde jeunesse bien méritée à un film adoré, avant d’accomplir une plongée historique dans l’abîme la plus profonde du Pacifique. Ne reste plus qu’à espérer que ce grand visionnaire reprenne vite le chemin des tournages : il doit donner deux suites à Avatar, et s’atteler à un projet de longue date, Battle Angel (l’adaptation du manga Gunnm). Qu’il ne s’inquiète pas pour la 3D : après avoir convaincu Wim Wenders, Werner Herzog et Martin Scorsese, elle a séduit Ridley Scott, qui s’est offert un mystérieux Prometheus tourné en relief…

Michael Ghennam

Titanic 3D
de James Cameron
Sortie le 4 avril 2012