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Carnet de tendances – Édition 2012 Entrée

Nous avons appelé cette rubrique “Carnet de tendances”. Cette année, elle porte particulièrement bien son nom. Ce sont quelques prélèvements de couleurs. Pas exhaustifs, mais significatifs. Des textures. Quelques motifs à la mode, que nous avons isolés. Quelques directions indiquées par certains panneaux, que nous avons un peu suivies, pour voir. Le but, toujours le même, c’est d’essayer de discerner où se produisent les glissements de terrain, où ça bouge, où le paysage se transforme. Pour cela, il n’y a pas de méthode scientifique. La méthode empirique, elle, consiste à saisir un fil, au hasard ou à l’instinct, et à le tirer pour voir ce qui descend.

Notre choix s’est porté sur les films : ceux qui avaient surpris, divisé, fait renaître un peu de débat critique. Nous en avons choisi trois, les imaginant comme des portes, que nous avons poussées chaque fois en compagnie d’un critique, pour qu’il nous serve de guide là où cela nous mènerait. Nous sommes ainsi allés regarder derrière Drive, étrange série B d’auteur, devenue un phénomène critique et public à partir de sa présentation, en compétition, au festival de Cannes. Ensuite nous sommes allés frapper à des portes un peu plus dérobées et secrètes : Super 8, blockbuster intimiste baigné de nostalgie générationnelle, puis Comment savoir, le dernier film de James L. Brooks, cinéaste ayant traversé en toute discrétion les trois décennies précédentes et qu’une partie de la critique entend aujourd’hui repositionner sur l’échiquier de la cinéphilie mondiale. D’une porte à l’autre, nous sommes revenus souvent aux mêmes endroits (l’idée de génération, les différents statuts du cinéma de genre, du cinéma américain, du cinéma français…) et nous avons atteint un point où la question de la critique rejoignait celle de la création, autant que celle de la production et de la distribution ; chacun de ces domaines semblant faire un pas vers les autres pour créer de nouvelles interactions.

Cinq ans après l’enquête que nous avions menée sur la critique de cinéma, l’état d’esprit semble avoir changé dans la profession. La concurrence d’Internet commence à être digérée. De nouveaux positionnements émergent, d’autres désirs et d’autres ambitions. Dans le même temps, qu’en est-il de la situation de la production et de la distribution en France, cinq ans après le coup de gueule de Pascale Ferran aux César. Techniquement, il n’y a pas grand-chose à retoucher au constat : le pouvoir des télévisions, le règne du scénario dans les commissions d’aide, l’embouteillage des sorties… Tout cela reste d’actualité. Ce qui change, ce sont les réactions, qui sont désormais beaucoup moins dans la plainte et davantage dans l’initiative, qu’il s’agisse des démarches individuelles de cinéastes comme Djinn Carrénard ou Sophie Letourneur, ou de la stratégie collective mise en place par la société Capricci.

D’un côté, nous avons donc une partie de la critique qui redéfinit sa légitimité et sa fonction dans un rapport direct avec la création (en la pratiquant ou en l’accompagnant). De l’autre, une frange de la création et de la production qui, en marge du système, se trace un territoire et se définit un champ d’action en prenant appui sur la critique, son audience (les cinéphiles) et ses lieux d’expression (les festivals). C’est là que suivre le fil nous a mené. Et nous nous sommes dit que nous étions peut-être tombé sur quelque chose. Enfin, en guise de conclusions, nous sommes allés, avec Caroline Vié, jeter un œil sur une autre porte récemment ouverte : celle qui séparait le cinéma d’animation du cinéma traditionnel. Les images circulent. Les idées aussi…

Introduction : État des lieux de l’année 2011