Rechercher du contenu

Atelier cinéma #16 : L’Été de Kikujiro de Takeshi Kitano (1999) Saison 1

Celui-ci est une valeur sûre de l’atelier Cinéma. Ce film emporte les enfants dans son discours et y parvient, chose rarissime quand il s’agit d’un jeune public, indirectement, par litote, allusions et clins d’œil.

La réputation du film dans l’institution s’est faite par l’intermédiaire d’une unique séquence que les enfants adorent se montrer les uns aux autres : Kikujiro (T. Kitano) pose un clou sur la route pour qu’une voiture s’arrête et les emmène, lui et Masao. La première fois, ça ne marche pas. À la deuxième, le pneu éclate, la voiture part dans le décor et Kikujiro et Masao se sauvent. À chaque fois, l’hilarité est générale et les enfants veulent par la suite voir le film en entier.
_La mise en scène de Kitano est aussi forte que celle des autres beaux films entourant L’été de Kikujiro mais avec des enjeux dramatiques bien moindres. Souvent, il ne se passe rien et pourtant, les enfants ne marquent aucun ennui pendant les deux heures de projection. Il est assez étonnant de voir qu’ils sont exactement à la même place que Masao le petit garçon, fasciné et amusé par la figure pittoresque de Kikujiro. Il y a une adéquation parfaite entre l’histoire de la relation entre les deux personnages principaux et celle qui se noue entre les enfants et le film.

L’été de Kikujiro est un film terriblement mal élevé et grossier qui cache mal sa pudeur et son sentimentalisme. Les enfants adorent les gros mots, les pets, les bêtises gratuites et sont ici servis. Tout ceci étant pourtant habillé par une mise en scène souvent contemplative et toujours élégante. Ils comprennent et participent aussi à cette quête d’une mère lointaine et ressentent durement les retrouvailles manquées. D’ailleurs, ces retrouvailles sont montrées de façon indécidable pour les enfants. Est-elle vraiment la mère de Masao ? Pourquoi ne va-t-il pas la voir lorsqu’il l’aperçoit ? Mon public semble s’accommoder facilement que ces questions restent sans réponses.

Les quelques séquences problématiques pour des enfants passent aisément la rampe, sans doute grâce à la franchise avec laquelle elles sont montrées. Ainsi la scène d’agression pédophile, qui pourrait s’avérer délicate, est montrée sans aucune ambiguïté ni atermoiement. Le méchant pédophile demande une fellation mais est puni avant le passage à l’acte en recevant une bonne correction. Tout va bien. Seuls les cauchemars de Masao, résumant chaque journée, les impressionnent beaucoup à cause des tatouages, des visages grimaçants et de la bande son.

La dernière partie, montrant les jeux auxquels se livrent Kikujiro, Masao et leurs compagnons, est reçue avec beaucoup de plaisir. Il faut reconnaître qu’il y a du génie chez Kitano pour parvenir à insuffler du lyrisme à une partie de 1,2,3, Soleil. Cela montre aussi que les enfants n’ont besoin d’aucune dramaturgie particulière pour apprécier le film. Ils sont dans l’instant, la durée.