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À propos de Schoendoerffer Pierre Schoendoerffer (1928-2012

Pierre Schoendoerffer : Cinéaste, écrivain et reporter français d’origine alsacienne, né le 5 mai 1928 à Chamalières (Puy de Dôme), mort le 14 mars 2012 à l’hôpital militaire Percy de Clamart (Hauts de Seine) des suites d’une opération.

Admirateur dès sa jeunesse des deux Joseph, Conrad et Kessel, mais aussi de Pierre Loti, Jack London et Herman Melville, Pierre Schoendoerffer le terrien fut fasciné par la mer. Tenaillé par l’aventure, il s’embarqua comme mousse à bord d’un chalutier puis d’un cargo. C’est là qu’il découvrit sa vocation de raconteur d’histoires. De son propre aveu piètre élève, il se tourna vers le cinéma, milieu fermé où il put entrer en 1952 grâce au Service cinématographique des armées. Parachuté sur Diên Biên Phu au printemps 1954, il en couvrit la chute. Fait prisonnier par le Viêt Minh, il passa trois mois éprouvants dans un camp. Profondément marqué par ces expériences, il n’aura de cesse, tout au long de son œuvre, de rendre compte, à hauteur d’homme, du courage et de la fidélité à leurs idéaux malmenés des soldats qu’il avait alors côtoyés. À son retour en France, il est envoyé, comme journaliste pour les actualités cinématographiques, au Maroc puis en Algérie où surgissent les prémisses de la guerre d’indépendance. C’est Joseph Kessel, son mentor littéraire, rencontré à Hong Kong après sa libération des camps viet minh, qui lui permet de réaliser son premier long métrage,La passe du Diable, adapté d’un de ses romans. En 1964, Schoendoerffer porte à l’écran son propre texte, La 317ème section. Ce récit de la progression d’un groupe de militaires français composé d’un jeune lieutenant, d’un adjudant aguerri et de quelques supplétifs progressant dans une jungle indochinoise fourmillant d’ennemis, alors qu’au loin fait rage la bataille de Diên Biên Phu, lui vaudra le prix du scénario au festival de Cannes en 1965. Bruno Cremer y campe un inoubliable adjudant Wilsdorff, alsacien et protestant à l’instar de Shoendoerffer, face à Jacques Perrin, jeune lieutenant frais émoulu de Saint Cyr. Ce même Jacques Perrin qui sera en 1977 un autre Wilsdorff, frère du précédent, lieutenant de vaisseau, ancien d’Indochine avant de devenir putschiste en Algérie, et de hanter à jamais la mémoire de son pacha d’alors, le commandant malade du Jauréguiberry dans Le Crabe-Tambour. Salué par la critique, trois fois césarisé – notamment pour la photographie de Raoul Coutard, également chef opérateur de J-L. Godard ! – ce film poignant, adaptation d’un de ses romans, fit connaître Pierre Schoendoerffer au grand public. Entre-temps Pierre Shoendoerffer fut un des rares Français à obtenir un Oscar, celui du meilleur documentaire en 1968, pour La section Anderson, portrait d’un groupe de marines plongé dans l’enfer vietnamien. Son Adieu au Roi, prix Interallié 1969, sera adapté au cinéma en 1989 par John Milius qui s’en était déjà inspiré pour le scénario d’Apocalypse Now. Avec L’Honneur d’un capitaine en 1982, il aborde, sous la forme d’un film de procès, la question de la torture en Algérie. En 1992, il signe un docu-fiction sur la chute de Diên Biên Phu, théâtre de bravoures inouïes et de sacrifices inutiles, auquel participent des Vietnamiens. En 2004, Là-haut, un roi au dessus des nuages, film bilan ou testament, réunit une dernière fois les figures de son œuvre et les comédiens qui l’ont servie.

Le Crabe-tambour


Libre, honnête, sans concession, Pierre Schoendoerffer s’attacha à peindre, dans leurs nuances et leur complexité, les désillusions de ces guerriers engagés par les politiques dans les derniers soubresauts d’un empire colonial inéluctablement condamné par l’Histoire. De droite, sans conteste, mais non d’extrême droite, il porta sur ces héros déchus et honnis de la « bien pensance », un regard qui relevait davantage de la tendresse que de l’empathie idéologique. Mémorialiste scrupuleux, il éclaira et mit en scène, sans fioritures mais avec une profonde humanité, leurs sombres destins oubliés. Il laisse une œuvre forte et cohérente, aux images marquantes imprégnées d’un lyrisme austère. Comment oublier le Jean Rochefort du Crabe-tambour, rongé par le cancer et son passé, droit comme un i à la passerelle du Jauréguiberry fendant le pack arctique ?