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Entretien avec Matías Piñeyro Un autre visage du cinéma argentin

Depuis quelques années, un cinéma sort des sentiers battus en Argentine, produit de manière indépendante en dehors du soutien financier des organismes officiels, avec malgré tout un budget conséquent pour réunir toute une équipe de professionnels sur un film. Cette méthode de production affecte directement la manière de filmer, offrant une grande liberté d’expérimenter des formes d’expression. Ce qui n’est pas sans faire penser à l’exemple français de Donoma de Djinn Carrenard. La plupart du temps, l’équipe hors-cadre se retrouve d’un film à l’autre, d’un réalisateur à l’autre. On retrouve ainsi au générique de chacun de ces films des noms récurrents mais à des postes différents. Les acteurs eux-mêmes passent aisément d’un premier rôle à de la simple figuration. Un véritable bouillon de culture où se construit sans nul doute aujourd’hui le cinéma de demain.  Invité pour présenter la section Un autre visage du cinéma argention en section parallèle de Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2012, Matías Piñeyro, réalisateur de Todos mienten est l’une des figures de ce « mouvement », qui n’est pas un mouvement en tant que tel. Plus d’explications avec lui.

Quels sont les points communs de ces films programmés dans la section intitulée Autre visage du cinéma argentin ?
Je me sens très bien à l’aise dans cette section des rencontres de Toulouse parce que je me retrouve ainsi au milieu d’amis qui partagent la même curiosité à propos du cinéma. Je considère que les films choisis ici constituent un groupe hétérogène d’œuvres difficiles à trouver sur grand écran comme sur Fnac.fr, mais qui partagent un enthousiasme, une joie ou un jeu peu communs avec les possibilités narratives du cinéma. Je crois aussi que l’ensemble donne une image de l’Amérique latine qui n’est pas celle qui la plupart du temps arrive jusqu’aux spectateurs européens.

Qui sont les réalisateurs de ces films ? Des amis qui s’entraident d’un film à l’autre ?
Nous nous connaissons tous, certains plus que d’autres. Nous ne constituons pas un groupe à part entière : nous ne travaillons pas nécessairement dans le film de l’autre. Nous n’avons pas de plan commun préétabli pour l’exploitation des films. Pour ma part, j’ai beaucoup d’estime pour chaque film de cette section. Je pourrais même dire sans hésitation que je les aime.

Comment est-il économiquement possible de faire ce type de films ?
Chaque film est un cas différent. Mes films deviennent possibles grâce à une équipe qui a décidé de travailler au-delà des retombées économiques, grâce aux appuis fondamentaux de certains instituts (l’Université de Cinéma en Argentine) et certains festivals de film (Festival International de Jeonju et le BAFICI) et ma décision de me consacrer à ma propre production.

Avez-vous un programme esthétique ou cinématographique en commun ?
Il n’y a pas ce type de partage en tant que groupe. Je pense que c’est ce qui définit une bonne et saine hétérogénéité. Je peux dire également que ces œuvres font partie des films argentins que j’aime. Ensuite, je pense que tout le monde fait ce qu’il peut. Je suppose que chacun dispose d’une stratégie personnelle. Si ces films sont différents les uns des autres, ils ne sont toutefois pas antagoniques l’un de l’autre.
Quoi qu’il en soit, le point commun de ces films repose sur leur système de production. Cette nouvelle méthode de production permet à chaque projet de le libérer de la contrainte des clichés éculés du cinéma argentin, comme le misérabilisme, les coutumes locales et le souci de l’exportation du film à l’internationale.

C’est difficile de faire du cinéma en Argentine sans l’INCAA (l’Institut de Cinéma Argentin) ?
En ce qui me concerne, n’ayant jamais produit mes films par les voies institutionnelles, je ne peux donc pas répondre à cette question. D’aussi loin que je me trouve, je peux constater que mes films ne sont pas adaptés aux méthodes de production proposées par l’institut. Je ne suis pas en accord avec les normes de présentation des projets, ni avec les exigences légales, ni avec les conventions collectives, ni avec le temps habituellement requis pour qu’un film se fasse.

Selon vous, qu’est-ce que la liberté en tant que cinéaste ?
La capacité de continuer à filmer indéfiniment.

Quel est le sens qui se cache derrière l’expression « cinéma indépendant » ?
Cela signifie un cinéma qui existe au-delà de tout. Lorsque les films sont bons et nombreux, ceci démontre que les moyens conventionnels de production sont en crise.

Entretien réalisé par Cédric Lépine, lors de Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2012