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Les César à ma sauce

Les César c’est peut-être une grande fête de famille. C’est peut-être
l’occasion de faire le bilan de santé d’une industrie. Mais c’est aussi un
programme de télévision, à consommer seul ou accompagné, pour passer
une soirée, bonne ou pas. Compte-rendu, de notre envoyé spécial chez lui.

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Il faut vraiment s’intéresser au cinéma pour préférer les César à
Le Havre – Guingamp un vendredi soir, au sortir d’une semaine de
travail intense, lorsque le réfrigérateur est rempli de bonnes bières !
Ou bien il faut avoir un édito à écrire sur le sujet, et une certaine
conscience professionnelle. Être un type bien, en somme.

Le vendredi soir, les visiteurs sont inévitables à l’appartement. Des amies
d’amis d’amis pas désagréables à côtoyer ni à regarder, mais qui
sont généralement “fans de cinéma”, des jolies filles espérant cette
année que “Intouchables va glaner quelques statuettes”, parce que
“c’est du cinéma pas-prise-de-tête”. Ne pas les bombarder de chips
est un sacré challenge. Surtout lorsqu’est prononcée la phrase la
plus ridicule du monde : “J’aime bien Maïwenn” !

Moi, j’ai passé la cérémonie à feindre, à geindre, puis à me plaindre.
Feindre de prendre ça à la légère, d’abord. Le sarcasme au service de
la drague. Je fais donc le malin en commençant par me moquer de
Monsieur Canet, l’enfant prodige, tout timide ; puis de Mathilde Seigner
appelant JoeyStarr sur scène, déçue que Michel Blanc lui ait été
préféré : une jolie preuve de bon goût et de tact. Geindre ensuite devant
le palmarès, et en constatant encore le peu de nominations accordées
à L’Apollonide, seul chef-d’œuvre français de 2012. Puis rire un peu des
désillusions de Maïwenn, contrainte, faute de mieux, de jouer la grande
scène des larmes pour le César du Meilleur Montage. Rire aussi
d’Antoine de Caunes, toujours classieux, toujours drôle. Et puis aussi
d’Alexandre Astier, le seul grand “entertainer” de la soirée. Se plaindre,
enfin. De la longueur de la soirée, de la banalité des discours, de
l’indécence des décolletés (Kate Winslet, épouse-moi, on fera l’avion
avec nos bras sur des bateaux), du César de Béjo et du non-César de
Dujardin, des bières trop chaudes, des réflexions idiotes des supporters
d’Intouchables. On me jette des chips. Je l’ai bien cherché.

L’avantage des Oscar, c’est que c’est tard, une veille de boulot.
La conscience professionnelle sus-mentionnée fait alors que l’on dort,
et qu’on ne peut donc pas finir violenté. On a aussi le temps de
dé-radicaliser ses opinions, au petit matin. Et c’est aux céréales
dans leur bol que l’on fait payer ses désillusions, plus qu’aux
collègues de bureau, qui n’y sont pour rien si Meryl Streep a gagné
son Oscar pour un rôle à Oscar, et qu’on déteste les rôles à Oscar
(et surtout les rôles à Oscar dans les mauvais films à Oscar) ! Là, on
a pu prendre le temps de se consoler. D’abord avec Martin Cabret,
multi-récompensé, et amenant la légitimité cinéphile nécessaire à
une soirée de cette trempe. Puis avec Hazanavicius, un type assez
génial, dont Le Grand détournement avait bercé notre enfance.
Pour fêter ça, on mangerait bien quelques chips, même.

Jean-Baptiste Morel