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Atelier cinéma #15 : Le Dictateur de Charlie Chaplin (1940) Saison 1

Parfois, ça ne marche pas. Situé en début d’après-midi, l’atelier commence après une longue récréation. Le début de la séance consiste souvent à apaiser des enfants encore excités, leur permettre de se mettre en condition de spectateur, en état de disponibilité. Dès que je les sens un peu à l’écoute, je présente le film. Cette semaine, il s’agissait de clore le cycle Chaplin avec une vision du Dictateur en deux parties.

Résumer le Dictateur à des enfants qui n’ont pas entendu parler de Hitler, des Juifs et de la Seconde Guerre mondiale est une rude tâche. Pendant que je pataugeais à essayer de donner un peu de contexte au film, un des enfants se mit à jouer de façon agressive avec un élastique. Je dus lui demander plusieurs fois de le ranger ou de me le confier. Manifestement enclin à perturber la séance, je lui imposai de se rendre dans la mezzanine au-dessus de la salle vidéo. Depuis ce lieu, il se mit à répéter toutes les répliques du film, à la grande fureur de ses camarades. Expulsé de la salle, il choisit de ne pas se faire oublier en frappant fortement à la fenêtre de la salle vidéo. Tout cela se passait pendant que je tentais d’expliquer pourquoi Hitler n’aimait pas les Juifs. Je ne suis donc pas sûr d’avoir été compris.

Une fois le perturbateur mis hors d’état de nuire, je pus retrouver les enfants qui s’amusaient beaucoup devant le début du film, situé durant le premier conflit mondial, et qui est du pur Charlot. Je leur annonçai le fameux discours d’Hynkel avec gourmandise. Ils le regardèrent avec impassibilité, sans un sourire ; comme quoi, il vaut mieux connaître le modèle pour apprécier.

Voici leur résumé de la première partie du film : « C’est la guerre entre les Juifs et les Français. Les Juifs perdent. Un dictateur prend le pouvoir. Charlot a perdu la mémoire, mais la retrouve dans sa boutique. »

Le Dictateur est encore un Chaplin, mais ça n’est plus un Charlot. Contrairement aux précédents et hormis le prologue, ce film n’a pas grand-chose à voir avec l’enfance, c’est-à-dire avec quelque chose qui est de l’ordre de l’intemporel. Il est enraciné dans l’Histoire et ne peut fonctionner auprès d’un jeune public sans un bagage culturel et historique sérieux.

J’ai très nettement senti que le fait que Chaplin tienne un double rôle les perturbait. Ils ont d’ailleurs vite regretté qu’il n’y ait pas de rencontre possible entre le barbier et le dictateur et sont restés de glace devant les gesticulations de Hynkel comme s’ils ne reconnaissaient pas un personnage clairement identifié au fil des films précédents.

Quelques moments leur arrachent des sourires, en particulier la scène des pièces dissimulées dans le pudding. Ils ont l’intuition que les séquences avec Paulette Goddard en Osterlitch, au milieu des rangs de vignes sont oniriques. Dans l’ensemble et de façon un peu triste, cette projection s’apparentait pour les enfants à essayer de retrouver Charlot au détour d’un geste ou d’une mimique. Ils étaient de toute façon perdus dans la narration. Leur patience ne sera d’ailleurs pas récompensée par le long discours (prêche ?) final qui est une manière cruelle pour Chaplin de dire adieu à son personnage. Il s’en va avec de la logorrhée.

Pour atténuer cette séparation un peu terne, nous avons ensuite regardé L’Émigrant. Charlot était de retour.