Rechercher du contenu

Atelier cinéma #14 : Sherlock Junior de Buster Keaton (1924) Saison 1

Rarement, je laisse le choix du film aux enfants. Pourtant, cette fois, j’amenai trois films de Keaton et les laissai déterminer, à partir d’un bref descriptif et résumé de l’intrigue, celui qu’ils souhaitaient voir. Ils préférèrent Sherlock Junior à Fiancées en folie et La Croisière du Navigator.

La brièveté de cette merveille ainsi que son incroyable densité ont captivé les enfants dont la concentration fut étonnante. Ce que peut être Chaplin les émeut, ce que peut faire Keaton les sidère. Ils sont admiratifs devant les performances et dans le même temps très curieux de comprendre comment c’est fait. Les années précédentes, l’hiératisme de Keaton créait une distance entre lui et mon public. Pas cette fois-ci, mon public exclusivement masculin étant sans doute plus réceptif au comique de Keaton.

Comme dans La Rose pourpre du Caire, Keaton entre à l’intérieur de l’écran dans une séquence devenue célèbre. Baladé d’une scène à l’autre, bousculé par les changements de décors, les enfants essaient très vite d’anticiper dans quelle situation le jeune détective va se retrouver lors du plan suivant.

Concernant l’enquête, les enfants ont eu vite cette phrase définitive : “ça se voit qu’il est coupable parce qu’il a une tête de coupable.

Le premier sommet dans le plaisir pris à suivre le film réside dans une partie de billard. Une des boules est une bombe et les enfants s’extasient devant l’habileté de Keaton à choquer toutes les boules sauf celle qui est piégée. Cette séquence mêle de façon inextricable la performance, le suspense et la comédie. L’effet est tellement fort que lorsque j’avance discrètement que la boule est peut-être fixée à la table de billard, les enfants font comme s’ils n’avaient rien entendu.

Dernier sommet, la poursuite en moto où Keaton est assis sur la fourche avant du véhicule, pensant que quelqu’un conduit à l’arrière. C’est là que je m’aperçois qu’il y a chez les enfants un plaisir encore plus grand que celui d’assister à une catastrophe, c’est celui de voir une catastrophe évitée de justesse.

La brièveté du film le permettant, nous avons pu voir la poursuite finale de Fiancées en Folie où Keaton est pourchassé par des centaines de femmes en colère. Voir Keaton courir à perdre haleine, suivi par de longs travellings latéraux, les ravit.

Ce fut une séance parfaite, un moment où les enfants m’ont semblé, grâce à des intuitions remarquables, se hisser au-delà de leurs capacités intellectuelles déterminées par l’institution. La séance suivante me permettra de vérifier une nouvelle fois que cette harmonie n’est pas automatiquement reconductible…