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Spielberg : Confessions d’un homme dangereux

Rencontrer Steven Spielberg, c’est un moment particulier pour tout cinéphile. Réputé peu bavard, le cinéaste a toujours préféré laisser ses films s’exprimer pour lui. Depuis le 9 janvier (et jusqu’au 3 mars), la Cinémathèque française lui consacre une rétrospective intégrale, et son dernier opus, Cheval de guerre, sort sur les écrans ce 22 février. À l’occasion d’une conférence de presse, le réalisateur, qui est revenu sur son film, a surtout livré quelques opinions inattendues, à contre-courant des modes hollywoodiennes. Spielberg, cinéaste du passé ?

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Conférence de presse à la Cinémathèque

Voilà qui n’a rien de péjoratif, tant l’auteur affirme fièrement son attachement à une technologie “vieillissante” et que beaucoup donnent un peu vite pour morte : la pellicule. “Tant que des laboratoires existeront pour développer la pellicule, je resterai sur ce support.” Des propos qui sonnent comme un rappel à l’ordre au moment où les plus grands noms du support argentique mettent la clé sous la porte ou achèvent leur mutation vers le tout-numérique. Spielberg n’écarte pas pour autant les dernières avancées technologiques : si le Graal des 48 images par seconde promues par James Cameron (qui tournera à cette vitesse Avatar 2 et 3) et Peter Jackson (le complice de Spielberg sur Tintin a déjà tourné son Hobbit de cette façon) le laisse encore sceptique – “j’ai peur qu’on ait l’impression d’être devant la télévision et plus au cinéma” -, il reste très intéressé par la 3D, mais selon ses propres conditions. “Le Secret de la Licorne était adapté à la 3D. J’aurais pu l’utiliser sur Cheval de guerre, mais j’ai simplement choisi de ne pas le faire. La 3D est un outil, jamais une obligation.

Là où le maître se montre plus offensif, c’est lorsqu’on aborde le domaine du cinéma “numérique” : celui des créations purement virtuelles, qui englobe aussi bien Avatar que Transformers ou… The Social Network. Le premier crée de toutes pièces un univers virtuel, le second intègre ses robots numériques à des prises de vue réelles, tandis que le troisième modifie minutieusement les détails de certaines scènes. “Le cinéma numérique a une place à tenir au sein du cinéma analogique, car il ne se remarque pas. Mais si vous filmez 100 000 soldats gravissant une colline, vous savez que ce n’est pas réel. Le public aussi, et c’est lui qui décidera jusqu’où l’on peut pousser la création numérique.

Le temps a passé depuis les tâtonnements enchanteurs de… Jurassic Park. La technologie s’est affinée, au point sans doute de perdre de sa magie. Ce qui n’est pas sans risques selon Spielberg, lui-même producteur des trois Transformers de Michael Bay, qui usent et abusent des effets numériques : “Le public a accepté mes dinosaures parce qu’il voulait s’amuser et se faire peur. Mais, à un moment, le public va rejeter ces effets spéciaux et aller voir des films, où, peut-être, on filme dans des conditions réalistes, comme le faisait David Lean.” Ce désir de revenir à une forme plus traditionnel, flirtant ouvertement avec le classicisme de l’Âge d’or d’Hollywood, Spielberg l’a sans doute assouvi avec sa nouvelle épopée. “J’espère que Cheval de guerre renoue avec ce cinéma concret. À quelques exceptions numériques près… c’est un film analogique très pur.

Michael Ghennam

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