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Atelier cinéma #11 : Le Fils du désert de John Ford (1948) Saison 1

Les westerns n’ont plus la même aura auprès d’un jeune public. Je garde de nombreux souvenirs d’enfance liés aux westerns lorsque ceux-ci étaient abondamment diffusés à la télévision. Leurs codes m’étaient très clairs et j’avais la sensation d’en comprendre l’intrigue assez facilement. Sont-ils toujours lisibles ?

C’est donc à une découverte du genre que j’invitai les enfants en leur présentant ce film de Ford, assez méconnu, me semble-t-il. Trois bandits dévalisent une banque. Pendant leur fuite, ils croisent une mère mourante dans le désert qui leur confie son nouveau-né. Ils n’auront de cesse de protéger l’enfant, quitte à se sacrifier pour qu’il survive.

Il m’apparaît très vite dès le début du film que les enfants ne connaissent pas le vocabulaire du genre. Qu’est-ce qu’une diligence, un shérif, une Winchester ? Ces termes leur sont étrangers et la vision du film ressemble parfois à un parcours ethnologique. « Eux [les cow-boys], ils se disent au revoir avec les chapeaux » comprendra un des enfants. Heureusement, les premières scènes (hold-up, fuite) sont nerveuses et certains expriment leur admiration devant les cavalcades fordiennes.

L’intrigue, constituée un temps d’un jeu du chat et de la souris entre le shérif et les fuyards, me demande un important travail de décodage. À partir de la rencontre avec la mère, le film leur appartient. Le scénario devient très proche de celui de Trois hommes et un couffin quand les trois cow-boys doivent se débrouiller avec un bébé. Le regard des enfants me paraît très vigilant. L’un d’eux remarque que John Wayne se débrouille très bien pour porter un bébé alors qu’il affirmait ne pas s’y connaître. Les scènes tragi-comiques de nursing sont suivies avec attention et je ne peux m’empêcher de comparer cet apprentissage des cow-boys avec leur découverte du western.

Il y a une rime qui court le long du film. Le bébé est baptisé à la demande de la mère à partir des prénoms des trois fuyards. Il s’appelle donc Robert William Pedro et chaque personnage nomme le bébé du prénom qui est le sien avant d’être rectifié par les deux autres. Ce leitmotiv amuse beaucoup les enfants qui, bien sûr, le reprendront à leur compte, comme un refrain, après la vision du film.

– « C’est bien les westerns. »
– « Tu l’as dit. »

Ils repèrent que les trois hommes ne vont pas tous survivre et anticipent la mort de Pedro. Lorsque William chute d’épuisement, le bébé dans ses bras, les enfants se figent et éprouvent un soulagement palpable lorsqu’ils se rendent compte que l’enfant est indemne.

Malgré une attention et un accueil bienveillant pour le film, ils ne repèrent pas les allusions pourtant soulignées aux trois rois mages et à la nativité. Dans la semaine, un enfant a demandé à voir d’autres westerns, en particulier le DVD que j’avais avec Le Fils du désert : La Prisonnière du désert fera donc l’objet d’une prochaine diffusion.