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Atelier Cinéma #4 : El Bola de Achero Mañas (2003) Saison 1

El Bola est un beau film espagnol racontant la souffrance d’un garçon maltraité par son père. La richesse du scénario, abondant en détails justes et intéressants, est la principale qualité du film, d’une grande lisibilité pour les enfants. J’ai ouvert la séance en leur disant qu’ils allaient voir un film dur, parfois éprouvant. Le héros du film a un secret.

Je ne souhaite pas faire de l’atelier un lieu où les films doivent faire parler les enfants de ce qu’ils vivent chez eux, comme une sorte de « Dossiers de l’Ecran ». La problématique de la maltraitance est présente chez quelques uns. Pourtant, je souhaite surtout qu’ils adhèrent à une narration et suis attentif à leur compréhension du récit audiovisuel.

Le film s’ouvre sur le jeu des rails, jeu où les enfants doivent se saisir d’une bouteille posée sur les rails juste avant le passage d’un train. Cette scène impose tout de suite le silence chez le public, sidéré par ce qu’il voit. Je sens une attention assez rare dans l’atelier, les gestes et paroles parasites sont totalement absents.

Les enfants ne savent pas trop où le film les emmène. Ce qui est éprouvant pour eux pendant les deux premiers tiers du film, c’est que l’histoire ne ménage pas de temps de relachement, de pause. La concentration des enfants est totale pendant tout le film.

Puis arrive la scène du tabassage de l’enfant par son père. Je préviens les enfants que la scène va être très difficile et que si c’est trop pour eux, il peuvent quitter la salle. Cela commence par une atmosphère tendue pendant un repas. Le père invective l’enfant, l’insulte puis le gifle. Un enfant a un mouvement de recul au moment du geste. Je lui dis que moi aussi j’ai eu l’impression de recevoir la gifle. « Comme une gifle en 3D » me dit-il. Le fils insulte le père qui se met à le rouer de coups. Les enfants expriment leur empathie pour la victime et un des spectateurs se lève et se cache derrière la banquette. Peu après, il me dira : « Quand ma mère me tape, c’est pas violent comme ça ».

À la fin du film, je leur demande de rester et leur pose quelques questions sur ce qu’ils viennent de voir. J’essaie de « détendre l’atmosphère ». Deux familles sont décrites dans le film, de façon un peu manichéenne, par opposition, mais plutôt claire : la famille d’El Bola, la victime, et la famille d’Alberto, son seul ami. On verbalise sur la façon de réagir des deux pères, les jeux privilégiés par les deux enfants. le public est très participant.

La séance terminée, je retrouve les spectateurs dans la cour de récréation en train de mimer le jeu des rails (ils ont posé un pull sur le terrain de foot, deux enfants se font face et au signe d’un troisième, essaient de s’emparer du pull) et le tabassage du père sur l’enfant (répétition littérale de la scène avec dialogues au mot près). Comme souvent, le défoulement, la mise à distance d’émotions fortes passent par le corps. Et les enfants ont besoin de rejouer pour « exorciser » les quelques moments lourds du film.