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My Little princess : Mère / fille, jeux de miroir

La fusion mère-fille semble être au cœur du XXIe siècle. Après les campagnes de pub Comptoir des Cotonniers, plusieurs films se basent sur la ressemblance entre les mères et leurs filles, ce qui entraîne parfois l’interchangeabilité de leurs rôles. Après le succès du film LOL (Laughing Out Loud) de Lisa Azuelos, qui dépeignait une mère-adolescente entretenant un rapport d’amie avec sa fille, Eva Ionesco va plus loin et campe le portrait d’une mère qui fait de sa fille son double. Même blondeur, mêmes vêtements extravagants, même rapport de séduction, la mère apprend à sa fille à être sulfureuse, alors qu’elle n’a que 10 ans. En la photographiant dans son univers, la mère met sa fille à nue, elle la transforme en objet, elle la sexualise.

Le désir d’Eva Ionesco de mettre en scène sa propre histoire est complexe.  Elle a subi le regard de sa mère qui la déshabillait, et elle reprend à son tour ce rôle en se plaçant derrière la caméra pour dépeindre cette petite fille. Les jeux de miroirs se reflètent à l’infini, la réalisatrice endosse le rôle de la mère qui contrôle la mise en scène tout en s’identifiant à ce que la petite fille ressent en lui donnant une voix pour exprimer sa colère. Cependant Violetta est bien un personnage de fiction, dont l’évolution si rapide n’est pas crédible. On aimerait qu’une petite fille de 10 ans puisse se rendre compte en quelques semaines que l’amour de sa mère est dévorateur et donc destructeur. Cette prise de conscience de Violetta qui décide de couper les ponts avec sa mère semble surtout être une issue pour la réalisatrice, qui peut ainsi donner une fin nette au récit. En ne prenant aucun parti et en réglant l’histoire de manière un peu rapide, Ionesco ne porte pas de jugement, ce qui est assez noble, mais elle évite aussi d’aborder les enjeux très graves qui sont au cœur de cette relation. Ionesco excuse presque l’attitude de la mère en évoquant très brièvement une histoire d’inceste, et la vision de Violetta (dont le prénom porte la marque d’un acte sexuel forcé) libérée du joug de sa mère comme dénouement semble simpliste.

L’histoire que raconte My Little Princess est un cas extrême, mais le film reflète cette tendance de sexualisation du corps des jeunes filles poussées par des mères aveuglées par leur propre volonté de rester des objets de désir. La responsabilité des médias est sous jacente, car ce sont les images qui créent de nouvelles normes autour de la féminisation ; dans le film la mère va toujours plus loin dans l’érotisation du corps de sa fille parce que ce sont ces clichés-là qui se vendent le plus. Face à la détresse d’une petite fille, Ionesco dénonce l’absence de rôle protecteur de certains adultes, la fascination des amateurs d’art devant ce corps nu de fillette. Ce qui dérange c’est que finalement, les adultes, eux aussi, manquent de repères et n’arrivent pas à voir la gravité de la situation. Derrière l’apparent bonheur de la fusion d’une mère et de sa fille peut se cacher de graves problèmes identitaires qui risquent de créer des ravages, difficilement oubliables.

Iris Brey