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BANDE À PART : une histoire de résistance

2000 numéros aujourd’hui, 76 années d’activité : Les Fiches du Cinéma est le plus vieux journal de cinéma français et sans doute aussi le plus méconnu. Les Fiches, c’est un peu comme un secret transmis de bouche à oreille. Un rite perpétué par tradition orale. Une histoire écrite à des centaines de mains, réinventée à chaque étape, mais qui conserve pourtant une cohérence d’ensemble, un axe qui traverse le temps : le souci de tout voir et de parler de tout, et un ancrage dans la cinéphilie pure, qui s’est incarné à travers des générations et des générations de rédacteurs bénévoles.

Nous-mêmes – nous qui sommes les Fiches d’aujourd’hui – ne connaissons que partiellement leur histoire. Nous savons que l’on pourrait la raconter comme l’histoire d’un organe de presse catholique mutant à travers les époques jusqu’à devenir imperceptiblement autre chose et à se détacher naturellement de cette tutelle initiale. Nous savons que reconstituer cette histoire reviendrait à remonter le cours d’un sillon tracé dans la marge, à suivre une longue parallèle à l’histoire officielle de la critique de cinéma française. Nous savons aussi en partie que l’histoire des Fiches du Cinéma est une histoire de résistance : résistance au sens historique (puisque, si aucun film ne manque aux archives des Fiches, c’est que le journal a continué à se faire et à se diffuser clandestinement pendant l’Occupation), résistance au sens physique (puisque, bien que dans une situation de fragilité économique quasi perpétuelle, les Fiches ont toujours réussi à trouver les ressources pour rester debout), résistance, enfin, au sens intellectuel, puisque le journal a toujours cultivé la diversité, nourri la contestation en son sein, pour ne jamais tourner en rond autour de goûts ou de grilles d’analyse fixes.

Pour fêter ce numéro 2000, pour évoquer le grand pan d’histoire du cinéma qui se recoupe avec notre histoire à nous, il fallait faire quelque chose qui nous ressemble. Ne pas faire de listes et de classements pour hiérarchiser les œuvres au nom d’une idée générale du bon goût,
ne pas refaire l’histoire du cinéma en pensant que l’essentiel et l’anecdotique peuvent se distinguer de façon fiable, aborder plutôt les films par l’endroit où ils se connectent à la vie (et à la nôtre en premier lieu), ça nous ressemble.

Nous avons donc mis au point un petit questionnaire, qui a été soumis à chacun des rédacteurs de l’équipe :
18 questions pour quadriller une cinéphilie, tracer un profil, et éventuellement accrocher quelques morceaux de vies dans la toile. La mixité des goûts, au sein du comité de rédaction des Fiches, est doublée d’une grande mixité des âges, puisque nos dates de naissances s’étalent sur six décennies. C’est donc suivant cet ordre chronologique que nous avons choisi de nous présenter à vous. Car vous verrez qu’ainsi, au fil des réponses, se dessine en filigrane une petite histoire intime de la cinéphilie, conditionnée par les changements d’époques, les mutations technologiques, les évolutions du cinéma… Enfin, pour vous permettre de mettre un visage sur des initiales, chacun a posé
“en situation”, en compagnie d’un personnage ou d’un film qui lui est proche.

Ne dérogeant pas à la tradition du flash-back qu’implique tout anniversaire, nous allons bien faire défiler les souvenirs, mais en utilisant moins la mémoire du journal que celle de ceux qui le font aujourd’hui :
29 cinéphiles très différents, qui constituent ensemble une petite bande très à part.

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