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Le noir total de David Peace Sortie de The Damned United et the Red Riding Trilogy

En l’espace de quelques semaines, l’univers du romancier David Peace va surgir massivement sur les grands écrans de France. D’un côté, The Damned United , biographie prestigieuse avec la star Michael Sheen, de l’autre
la trilogie Red Riding , ensemble de trois films noirs particulièrement tendus et sombres sur la corruption et la violence dans le Yorkshire des années 1970-80. Le premier film est l’adaptation du plus grand succès de librairie de Peace, 44 jours, la biographie très personnelle du fameux entraîneur de football Brian Clough – le seul à être parvenu à remporter deux coupes d’Europe consécutivement. Le second est une transposition (commandée par la télévision) du “quatuor du Yorkshire”, les quatre romans qui ont propulsé Peace sur le devant de la scène dans son Angleterre natale, et librement inspirés de la traque de l’éventreur du Yorkshire qui sévit dans la région entre 1975 et 1980. Ainsi, bien après James Ellroy et peu de temps après Dennis Lehane, un autre grand auteur contemporain de romans noirs s’apprête à rencontrer un plus large public grâce à son passage dans le monde du cinéma. Ces sorties simultanées sont d’ailleurs étranges si l’on considère que les films, eux, ont été produits dans des conditions très différentes. Mais le fait est là, volontaire ou pas : Peace passe au grand écran d’un seul coup, en vitesse démultipliée.
Il y a néanmoins un fossé entre les films. The Damned United est certes une adaptation de Peace, mais également le nouveau film du duo Peter Morgan (scénariste) et Michael Sheen (acteur) après The Queen et Frost/Nixon. Et, de fait, cette collaboration influence le film jusqu’à l’éloigner significativement du style de Peace. Car le scénariste choisit ici de laisser de côté le monologue halluciné et paranoïaque de l’ouvrage au profit d’une narration plus classique, à l’efficacité indéniable.

La trilogie Red Riding, par contre, semble tout entière dédiée à la transcription fidèle du ton si particulier des romans, où l’ambiance compte davantage que l’intrigue ou les personnages, et que le scénariste présente comme une sorte de “trip à la Dickens”, au cours duquel la corruption et la violence de l’époque impriment la conscience et les sensations des protagonistes. Car le style de Peace est ici particulièrement noir. Ses romans, dans lesquels on trouvera peu de suspense et pas de coupables identifiables, se déclinent davantage comme une mélodie funèbre que comme un récit policier traditionnel. 1974, 1980 et 1983 parviennent avec un certain succès à rendre ce style. Ils apportent donc au cinéma cette angoisse sourde, loin de toute approche psychologique des personnages ou des événements, qui est la marque de Peace. La réaction du public face à ce monde d’une noirceur parfaitement opaque va maintenant déterminer ce que pourra être la notoriété future de l’écrivain. Ses livres donnent en tout cas de beaux films, dignes des classiques du genre et porteurs d’un véritable sang neuf, excitant à défaut d’être réconfortant.