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GRANDES VACANCES (Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati) Fiches du Cinéma n°1949 du 1er juillet 2009

GRANDES VACANCES (Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati)

Photo « avant / après »

La ressortie, dans une version restaurée, des Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati (qui, dans ce film de 1953, créait son personnage fétiche), offre avant même que le film commence une sensation charmante. Il règne dans la salle une ambiance de réunion familiale : tous les âges, tous les types de spectateurs viennent voir ce grand échalas de Hulot. Et lorsque les premières images apparaissent, la station balnéaire qui sert de cadre au film présente un spectacle similaire. L’effet miroir est instantané. L’efficacité, chez Tati, emprunte le raccourci de l’image et du mouvement. Qu’il s’agisse d’un instant attendrissant, ridicule ou cocasse, tout s’impose immédiatement, presque avec naturel. Alors oui, le cinéaste a su être en avance sur son temps, proposer une vision avant-gardiste des dérives de la modernité
et de la place de l’individu dans une société High-tech, mais tous ces éléments, si pertinents soient-ils, semblent soudainement être relégués au second plan lorsque résonne dans la salle le premier rire d’enfant. On comprend dès lors pourquoi la silhouette de monsieur Hulot fait partie
de notre imaginaire collectif, et pourquoi la restauration de l’œuvre de Tati est décidément une formidable entreprise.

Ce personnage, à la vérité, nous a toujours plu. Sans même le connaître, Monsieur Hulot fait partie de notre cercle intime. Savoir ce qu’il fait en dehors de ses vacances, quelles sont ses fréquentations ou sa famille, tout cela devient sans importance. Ce qui reste finalement, c’est cette capacité formidable à charmer d’emblée. Et comment résister ? Ces longues jambes maladroites et gracieuses, ce mouvement de couvre-chef poli, à contretemps, ces manières galantes d’un autre âge, ce service, au tennis, si efficace, cette manière même de déranger l’ordre établi… Tous ces éléments, et bien d’autres, forcent immédiatement la sympathie. Toutes ces petites choses ont permis à la création de Jacques Tati d’accéder au statut rare d’icône familière et intemporelle. Et pourtant, Les Vacances de Monsieur Hulot ne se réduit pas au célèbre personnage, bien au contraire. Le regard complice du cinéaste s’attarde avec la même bienveillance sur tout et tout le monde. L’espace d’un instant, chacun des figurants apportera cette petite touche burlesque ou poétique au film. Des images restent en tête, très nettes, encore longtemps après la projection. Bientôt, on fait le rapprochement avec des connaissances, des situations analogues dans notre vie de tous les jours. À nous d’étoffer ce visuel en y projetant notre propre expérience. Le lien est créé et ne se rompt pas lorsque l’on quitte la salle obscure. Que Tati émerveille toujours autant, quel que soit l’âge ou l’origine de ses spectateurs, est déjà en soi une prouesse, mais qu’il incite à être plus attentif à ces petites choses de la vie est le signe d’une emprise plus profonde sur le spectateur. S’imposer discrètement, avec délicatesse, jusqu’à devenir notre ami, notre oncle, notre patrimoine. Voilà, en définitive, une manière inhabituelle, personnelle et d’autant plus charmante d’être un grand cinéaste.

Rocco Labbé