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Entretien avec Victoria Galardi À propos de Amorosa Soledad

La plupart des films argentins sortis en France durant ces dix dernières années ont appartenu à ce que l’on a appelé alors le « nouveau cinéma argentin » parce qu’apparaissait en même temps plusieurs films de cinéastes différents dont le ton se différenciait de ce qui se faisait jusque-là. Contemporain de la crise économico-bancaire en Argentine, ces films ont témoigné de la réalité sociale d’alors. Amorosa Soledad de Victoria Galardi et Martin Carranza est un premier film qui signe une rupture avec ce mouvement tout en proposant encore un ton inédit dans le cinéma argentin à travers une comédie dramatique très écrite reposant sur la brillante interprétation de son actrice principale : Inés Efron.

Comment considérez-vous ce que l’on appelle le « nouveau cinéma argentin » ?

Lorsque Lucrecia Martel, Pablo Trapero et les autres cinéastes ont commencé à faire leurs films, cela a généré une mode chez d’autres cinéastes qui les ont dès lors imités. S’il est question de nouveau cinéma argentin, c’est surtout parce qu’il s’agit de cinéastes qui appartiennent à une même génération et qui se distinguent de la précédente. Je ne sais pas si je fais partie ou non du « nouveau cinéma argentin ». Ce qui est certain, c’est que j’appartiens au groupe de ceux qui viennent de réaliser leur premier film. Je ne m’identifie pas à un type particulier de cinéma argentin. Je pense que mon film a une dimension sociale qui dépasse la seule situation géographique. Ce sont les thèmes universels de la solitude, des difficultés sentimentales, du désir… Amorosa Soledad aurait donc bien pu être tourné à Paris. Certainement, les problématiques diffèrent entre Paris, New York… Je ne sens pas ce film comme l’expression culturelle de ce qui se passe à Buenos Aires. Avant d’être cinéaste, j’ai longtemps travaillé comme scénariste et dans l’écriture de Amorosa Soledad je n’ai pas ajouté de dimension sociale particulière à l’histoire en montrant l’activité des rues, la pluie et le thème de l’insécurité en Argentine.
Il existe au sein du cinéma argentin d’autres courants que la veine sociale, avec des films indépendants de pure contemplation mais aussi une longue tradition de la comédie reposant sur une ligne narrative très précise. L’Argentine n’est pas réputée dans le monde entier pour ses comédies parce qu’ils ne figurent pas à la programmation des festivals internationaux. C’est pourquoi, je réclame à présent un « nouveau cinéma argentin de la comédie ».

Amorosa Soledad ne se limite pas à la simple comédie puisqu’il inclut une esthétique particulière qui donne le ton d’un regard personnel.

En effet, cette comédie n’a pas pour objectif de chercher à faire rire le spectateur à chaque scène. La dimension dramatique est ponctuée de moments comiques qui apparaissent ici et là. En faisant ce film, je n’avais pas l’intention de faire un film d’auteur. J’ai seulement cherché ce qui me semblait les meilleurs moyens pour raconter cette histoire. Les mouvements de caméra n’ont pas pour but de faire de donner un cachet « cinéma d’auteur » : ils sont là pour servir au mieux le film.

Amorosa Soledad surprend car à partir d’un synopsis des plus communs, il parvient à conduire le spectateur dans un univers inédit.

Il est toujours très difficile pour un réalisateur de présenter son film. Je rencontre toujours ce problème lorsque l’on me demande d’écrire quelques mots sur le film pour un catalogue. Je garde le film en tête à travers ses détails et ses ambiances. Mais ceux-ci ne sont pas utiles dans le synopsis qui doit seulement présenter le sujet du film. Ainsi, Amorosa Soledadpourrait se résumer à l’histoire d’une jeune femme abandonnée par son fiancé et qui vit difficilement cette séparation. À côté de cela, il y a encore de nombreux autres thèmes qui ne peuvent apparaître dans le cadre du synopsis. La meilleure manière de se rendre compte d’un film est toujours d’aller le voir pour y découvrir ce qui était absent dans le synopsis.

Entretien réalisé par Cédric Lépine aux Rencontres des Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse en mars 2009