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Entretien avec Inés Efron À propos de El Niño pez

Il y a plus de dix ans déjà était apparu une vague de films novateurs, offrant un ton inédit dans le cinéma argentin. Aujourd’hui, la relève s’effectue à travers une nouvelle génération de cinéastes et aussi d’acteurs et d’actrices. Avec cette spécificité que l’on voit davantage de films argentins signés par des réalisatrices qui mettent en avant une nouvelle manière de présenter la femme à l’écran. Jouant sous la caméra des plus talentueux cinéastes argentins actuels, Inés Efron fait donc partie de ce souffle frais du cinéma. S’affirmant film après film à travers des personnages qui se distinguent progressivement les uns des autres, elle frôle l’univers du polar avec El Niño pez et se trouve dans toute sa splendeur d’actrice dans la comédie mélodramatique Amorosa Soledad.

Après XXY, on vous retrouve à nouveau sous la direction de Lucia Puenzo avec El Niño pez. Le fait de vous avoir choisi à nouveau pour son second long métrage signifie-t-il entre vous une réelle complicité d’actrice à réalisatrice ?

En tant qu’actrice, j’aime être en relation directe avec les choix personnels du cinéaste. Dans le cas de El Niño pez, j’avais davantage envie de suivre Lucia Puenzo que dans XXY. Je n’ai pas lu en entier la nouvelle écrite par Lucia à l’origine du film. Par contre, le scénario m’a beaucoup plu. J’étais très heureuse lorsque Lucia m’a contacté pour me proposer de jouer dans El Niño pez. Cela me donne beaucoup de confiance de savoir qu’elle apprécie mon travail. Je pense qu’elle voit quelque chose en moi qui lui sert à représenter ce que je dois raconter. Notre relation de confiance pourrait être de l’ordre du karma, comme si cela était une nécessité que nous travaillions ensemble.

Peut-on alors considérer que vous devenez dès lors en tant qu’actrice l’alter ego cinématographique de la réalisatrice ?

Lorsque j’avais de longs cheveux au début du film, je ressemblais à Lucia quand elle était plus jeune. Il y a sans doute quelque chose de l’ordre de l’alter ego. Sur le tournage, pour interpréter mon personnage, je me contente d’écouter ce que Lucia et je complète en travaillant sur le scénario qui guide l’évolution de mon personnage. Mais je ne m’inspire pas directement de Lucia pour composer mon personnage.

Quelles sont vos rapports sur le tournage avec les autres acteurs ? Sur XXY, vous étiez avec Martín Piroyansky très à l’aise puisque vous aviez déjà joué avec lui et qu’il est de votre génération. Le tournage devenait-il différent pour El Niño pez ?

Martín Piroyansky est un ami et le travail avec lui était magique. Nous avons étudié à la même école d’acteurs et ainsi nous suivons les mêmes codes. Lorsque nous jouons avec des acteurs qui ont d’autres références, il faut construire d’autres types de relation pour travailler ensemble. Quoi qu’il en soit, cela n’empêche pas la magie d’apparaître en travaillant avec des acteurs que l’on ne connaît pas.

C’est plus facile pour vous de jouer avec des acteurs de la même génération ? Ce fut le cas avec Martín Piroyansky mais aussi avec Nahuel Pérez Biscayart surGlue d’Alexis Dos Santos.

En outre ces acteurs en plus de faire partie de la même génération sont mes amis. Cela donne plus de tranquillité parce que nous nous connaissons et nous savons ce qui plaît à l’un et à l’autre.

Vous avez travaillé avec différentes générations d’acteurs argentins et aussi de cinéastes. Ainsi, on vous retrouve à la fois sous la caméra de Lucrecia Martel et dans les premiers films de jeunes cinéastes. Dans vos films, un acteur comme Ricardo Darin n’hésite pas à apparaître en « guest star » (c’est le cas spécifique dans Amorosa Soledad) manifestant ainsi la volonté de saluer la nouvelle génération d’acteurs à travers vous. Comment sentez-vous ces rapports entre générations d’acteurs et de cinéastes argentins ?

Je n’aime pas voir la vie à travers la différence de générations. Il y a de la nouveauté partout sans distinction de génération. Comme je suis encore très jeune, je ne connais pas suffisamment l’histoire du cinéma dans son ensemble. Pour l’essentiel, je connais surtout ce que je fais. Je suis consciente que le cinéma argentin est en pleine effervescence et je suis très heureuse d’en faire partie. Si l’on parle de « nouveau cinéma argentin » c’est parce qu’il s’agit d’un cinéma vivant et frais. C’est un bonheur que toutes les générations se mélangent, comme les genres et les époques au sein du cinéma.
Il est vrai que de nombreux acteurs et actrices reconnus soutiennent le travail des jeunes cinéastes et c’est très sympathique de leur part. En l’occurrence, Ricardo Darin, par sa présence charismatique, est un véritable soutien pour un premier film.

D’ailleurs, il joue pour la seconde fois après XXY le rôle de votre père…

En effet, Ricardo Darin est pour moi comme un ange gardien. J’ai beaucoup appris en sa présence et en particulier les techniques d’acteur. Les acteurs confirmés gèrent leur énergie avec beaucoup d’aisance.

C’était difficile pour vous d’entrer dans le registre du thriller dans El Niño pez ?

J’ai moi-même eu beaucoup de difficultés à y croire. Le défi était d’entrer dans le registre solennel du drame avec une arme à la main. Il ne fallait pas exagérer dans le registre dramatique : c’est une question de juste équilibre.

Pensez-vous rejouer dans un thriller ?

Peut-être. Par contre je préfère davantage jouer la comédie. Je reste malgré tout ouverte à toute proposition, à condition que le projet soit intéressant.

L’an dernier, vous manifestiez le désir, après avoir souvent interprété le rôle d’adolescente confrontée à des questions d’identité et de sexualité, de jouer dans une comédie romantique. Votre souhait est exaucé avec Amorosa Soledad, comédie romantique qui sort sur les écrans en France en juillet 2009.

L’expérience de ce film m’a beaucoup plu. Soledad a elle aussi des problèmes d’identité : il lui est très difficile d’être elle-même. Jouer dans ce film a été pour moi un vrai cadeau.

Toute l’atmosphère du film Amorosa Soledad repose sur vos épaules parce que vous y interprétez le rôle titre. Ce n’était pas trop impressionnant d’assumer de telles responsabilités ?

Ce n’est pas commun qu’un réalisateur place un acteur dans une telle situation, lui offrant la possibilité d’exprimer toute sa sensibilité. Je me suis sentie très libre sur ce film ou il y a malgré tout eu très peu d’improvisation.

En tant que spectatrice, quels types de films vous plaisent ?

Les films indépendants, comme ceux de Richard Linklater. J’aime les films subtils avec de bons acteurs qui jouent avec talent. J’aime les films dont le scénario repose sur un récit. Je viens ainsi de voir le film d’Helen Hunt, Une histoire de famille (Then She Found Me pour le titre original) qui est magnifique.

Entretien réalisé par Cédric Lépine aux Rencontres des Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse en mars 2009